Présentation

L'Observatoire de la censure

Créé en 2004 par Orphéon - Bibliothèque de théâtre Armand-Gatti, l'Observatoire de la censure réunit des artistes, écrivains, éditeurs, programmateurs, bibliothécaires, journalistes... C'est un lieu de réflexion et d'information sur la censure, l'autocensure et la liberté d'expression. Il décerne chaque année le Prix Tartuffe à un écrivain ou artiste victime de la censure, ou à un livre qui défend la liberté d’expression.


 

D-Roy - Pousuites-Bâillon

 

Apparu au Québec en 2007, le terme de "poursuite-bâillon" a tendance à être préféré à l'acronyme BIPP («bâillon imposé à la parole publique») calqué sur l'acronyme anglo-saxon SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation, poursuite stratégique contre une mobilisation publique).
L'expression désigne la manoeuvre menée par un groupe économique puissant, une multinationale, visant à faire taire des individus isolés ou de petites structures ayant mis sur la place publique une question d'intérêt général, qu'elle considère comme susceptible de porter atteinte à ses intérêts et à sa réputation.
Si, après une phase de menaces marquée par la demande de dommages-intérêts démesurés, le défenseur intimidé n'est pas contraint au silence, la multinationale se lance dans une procédure judiciaire interminable, visant à le paralyser, en l'épuisant financièrement et psychologiquement.

 

Noir Canada

 

 

Un  exemple  de poursuite-bâillon vient d'être donné récemment avec l'affaire opposant la compagnie minière Barrick Gold à trois chercheurs en sciences sociales, auteurs du livre "Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique", et à Écosociété, éditeur du livre. Après trois années de procédures, où la multinationale se considérant diffamée demandait 6 millions de dollars, un accord "hors cour" a été trouvé par les deux parties : Barrick Gold arrête sa poursuite lancée en avril 2008, l'éditeur s'engage à ne plus diffuser le livre. (Le Devoir,19-10-2011)
Écrit par Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, "Noir Canada" se base sur des sources déjà publiées. À partir d'une abondante documentation internationale, le livre démontre la nécessité d'une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur les nombreux cas d'abus qui auraient été commis en Afrique par des compagnies minières canadiennes.
Les auteurs et leur éditeur ont reçu le soutien de milliers de citoyens, de 60 éditeurs, de journaux nationaux et internationaux. Le livre a été à l'origine, au Québec, d'une législation contre les "poursuites-bâillon", pas suffisante encore semble-t-il, les armes restant toujours trop inégales entre ceux qui défendent leur droit à la réputation et ceux qui demandent la primauté des droits à l'information et à la liberté d''expression.

Les ennuis ne sont pas terminés pour les éditions Écosociété et les trois auteurs: Noir Canada est poursuivi pour diffamation, dans l'Ontario, par la multinationale minière Banro qui demande la bagatelle de 5 millions de dollars de dommages et intérêts.
Pour  plus de détails,  voir ici  link,  là link et là link


 

Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 20:58

Denis Robert - Tout Clearstream

 

Le Prix Tartuffe 2011 a été décerné à Denis Robert pour son travail pionnier sur la délinquance financière par lequel il a montré notamment que "les chambres de compensations internationales sont les clés de voûte du capitalisme clandestin". Pendant 10 ans, en dépit des intimidations, du harcèlement judiciaire (60 mises en examen, plus de 300 visites d'huissier), de la censure de ses livres, il a poursuivi - par ses activités de journaliste, essayiste, réalisateur de films, romancier (La Domination du monde), peintre (Junk) -  son travail d'éclaireur démontant et dénonçant des mécanismes financiers internationaux opaques.
En février 2011, la Cour de cassation a mis fin à ce cauchemar: elle a  débouté définitivement la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream qui, depuis 2001, poursuivait pour diffamation Denis Robert, auteur du film documentaire Les Dissimulateurs, diffusé en 2001 sur Canal+, et de deux livres, Révélation$ et La Boîte noire, publiés en 2001 et 2002 aux éditions Les Arènes. Selon l'avis de la Cour : " L'intérêt général du sujet traité et le sérieux constaté de l'enquête, conduite par un journaliste d'investigation, autorisaient les propos et les imputations litigieux". La Cour a également jugé que "le reportage incriminé, traitant de sujets d'intérêt général relatifs aux mécanismes dévoyés et incontrôlés de la finance internationale et à leur implication dans la circulation mondiale de l'argent sale, ne dépassait pas les limites de la liberté d'expression au sens de l'article 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales".
Pour rappel, en 1996, Denis Robert avait réuni sept grands magistrats anti-corruption: Bernard Bertossa (Suisse), Edmondo Bruti Liberati (Italie), Gherardo Colombo (Italie), Benoît Dejemeppe (Belgique), Balthazar Garzon Real (Espagne), Carlos Jimenez Villarejo (Espagne) et Renaud Van Ruymbeke (France). Cette rencontre avait été à l'origine de l'Appel de Genève en faveur d'un espace judiciaire européen, d'une coopération européenne renforcée en matière de lutte contre la corruption et la délinquance financière, et d'un livre de Denis Robert au titre prémonitoire: "La justice ou le chaos".
Révélation$,  La Boîte noire, ainsi que Clearstream, l'enquête (2006) ont été republiés en un seul volume par Les Arènes (juin 2011 ) sous le titre Tout Clearstream. Denis Robert est l'auteur de la bande dessinée  "L'affaire des affaires", 4 albums publiés par Dargaud (2010-2011).

Autour de Denis Robert, voir link ainsi que Manipulations, une histoire française et particulièrement l'épisode 2: Clearstream, la banque des banques link
Voir aussi ici link et là link

Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 19:51

 

Cabu - Le Canard Enchaîné

 

Dans l'histoire de la presse française, depuis la loi de 1881, c'est certainement la  plus grosse somme d'argent réclamée à un journal dans un procès pour diffamation. Le 18 janvier 2012, devant le TGI de Paris, Martin Bouygues va demander 9 millions d'euros à l'hebdomadaire "Le Canard enchaîné" pour avoir révélé dans son édition du 7 décembre 2011 qu'une information judiciaire avait été ouverte en février  2011 pour "corruption" et "favoritisme": elle vise  les conditions d'attribution à Bouygues du marché de construction du nouveau ministère de la Défense (3,5 milliards d'euros). Chargé de  construire ce nouveau complexe, Bouygues sera responsable de son équipement et de son entretien pendant vingt-sept ans. En contrepartie, l'État lui versera une redevance annuelle de 132 millions d'euros. Malgré un appel d'offres européen, Bouygues, Eiffage, Vinci avaient été les seuls candidats.
"Que cherche l'entreprise ? La mort du journal ? (...) La volonté d'intimidation contre la presse est manifeste. Bouygues vise à dissuader les journaux de reprendre l'information l'incriminant" a déclaré  Reporters sans frontières (RSF).
9 millions d'euros , c'est presque un tiers du chiffres d'affaires annuel du "Canard"; c'est presque un septième du prix du yacht -  "Bâton rouge", 62,5 mètres de long -  acheté par Bouygues en septembre 2010. (Le Canard enchainé, 04-01-2012)

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 23:23

 

Beirut Hotel - Danielle Arbid

 

"Beirut Hotel", 3ème long métrage de la réalisatrice franco-libanaise Danielle Arbid, sera diffusé dans sa version intégrale, sur Arte,  le 20 janvier  à 20h35 (heure française). Présenté en compétition officielle au festival de Locarno (août 2011), au festival de Dubaï, en décembre, le film aurait dû sortir dans les salles de cinéma libanaises le 19 janvier 2012 mais le bureau de la censure de la Sûreté générale a interdit sa diffusion. Non pas en raison d'une cigarette visible sur l'affiche mais  pour les références faites dans le film à l'assassinat, en 2005, du premier ministre Rafic Hariri.
Entre thriller et film d'espionnage, Beirut Hotel raconte la brève histoire d'amour d'une chanteuse libanaise (Darine Hamze) et d' un avocat français (Charles Berling). En voyage d'affaires entre Paris et Damas, il fait escale à Beyrouth, et découvre une ville où la lutte entre différents services secrets et un lourd climat de paranoïa peuvent rappeler le Berlin de la guerre froide.
Les deux précédents longs métrages de Danielle Arbid, sélectionnés au festival de Cannes, ont été victimes de la censure libanaise.  "Dans les champs de bataille" (2004), avait été interdit aux moins de 18 ans. "Un homme perdu" (2007) avait été censuré pour "obscénités"; les autorités avaient demandé à la réalisatrice de couper une dizaine de séquences pour autoriser sa sortie en salles.(L'Orient le jour, 12-01-2012)

Du 22 au 26 juin 2011, a eu lieu à Beyrouth le Festival des films interdits. La direction du Festival international du film de Beyrouth (FIFB) a été autorisée par les autorités libanaises à projeter cinq films bloqués par les services de censure, lors des éditions 2009 et 2010 du FIFB:  Chou Sar ?  du réalisateur libanais De Gaulle Eid,  Green Days  (« Ruzhaye Sabz ») de la réalisatrice iranienne Hana Makhmalbaf, fille du réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf, Gostanza Da Libbiano et Confortorio du réalisateur italien Paolo Benvenuti, Le Chant des mariées de la réalisatrice française Karin Albou  (Iloubnan.info, 01-06-2011)

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 23:15

 

S. Zweig - Légende d'une vie

 

Passé à la postérité pour ses nouvelles (Amok, Brûlant secret, Vingt-quatre heures d'une femme, le Bouquiniste Mendel ... ), son roman posthume (Le joueur d'échecs), Stefan Zweig (1881, Vienne - 1942, Petropolis), ami et biographe de Romain Rolland, fut aussi un homme de théâtre, avant d'être contraint à l'exil par les nazis.
Inédite en France, sa pièce "Légende d'une vie" vient de paraître dans une traduction de Barbara Fontaine. Créée à Hambourg en 1919, elle  interroge les pratiques de certains héritiers, ayants droit de grands disparus. Mis au défi de tout publier, ils succombent souvent - ici par jalousie - à la tentation de censurer, couper, retouchant un journal intime, occultant des photos, faisant disparaître des lettres, pour élaborer la " légende d'une vie".
Dans la demeure familiale transformée en musée, Friedrich Marius Franck étouffe sous le poids de la figure de son défunt père, poète et écrivain allemand prestigieux. Il a été élevé par sa mère, Leonore, dans l'admiration de ce grand homme à l'éthique irréprochable dont il connaît tous les détails de la vie consignés dans une biographie soit disant exhaustive, rédigée par un ami de sa mère et autorisée par elle. Le soir, où il fait ses débuts publics de poète, le jeune homme rencontre Maria, une vieille dame qui se révèle être la première compagne et inspiratrice de son père: modeste couturière, elle a soutenu le jeune auteur à ses débuts, pendant dix années difficiles, avant qu'il ne rencontre et épouse Leonore, et sa fortune. Pour preuve de cette période, de nombreux documents qu'elle détient: une pièce inédite que le génial auteur lui a dédiée, des dizaines de lettres enflammées qu'il lui a adressées, documents passés sous silence par le biographe, mais bien connus de Leonore, sa rivale...  

Autour de Stefan Zweig et du théâtre, lire aussi "Collaboration ", pièce de Ronald Harwood (L'Avant-scène, 2011): deux jours après la création à Dresde en 1935 de La Femme silencieuse de Richard Strauss, l'opéra est retiré de l'affiche et interdit sur toutes les scènes d'Allemagne parce que le librettiste, Zweig, est juif.

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 23:05

 

Stephane Guillon

 

À un peu moins de cent jours des élections présidentielles, l'humoriste Stéphane Guillon rapporte sur son site, photos à l'appui, cette anecdote reprise par Libération. Reçu le 19 décembre 2011 dans l’émission de TV5 Monde, "l’Invité", pour la promotion du DVD de son spectacle Liberté  (très) surveillée, il avait  laissé, selon la coutume, un paraphe sur le mur de la loge. Au-dessus de l’horloge il avait écrit: «Combien d’heures encore sous Nicolas Sarkozy ?» Le lendemain, une feuille de papier masquait la dédicace. Jour après jour, des plaisantins l’arrachaient. Depuis, l’horloge aurait été remontée pour dissimuler la question d'actualité.
 
En juin 2010, Stéphane Guillon avait été licencié de France Inter, où il animait, avant le journal de 8h, trois jours par semaine, une rubrique impertinente, très suivie, mais jugée insultante par la direction. Le 28 janvier 2011, la radio publique était condamnée par le conseil de prud'hommes de Paris pour avoir licencié l'humoriste "sans causes réelles ni sérieuses"  à lui verser 212.011,55€ d'indemnités.

Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 22:56

 

Manip

 

"Marionnette et politique : censure, propagande, résistance",  tel est le thème des 4ème journées professionnelles de la marionnette qui auront lieu à  Clichy (Hauts-de-Seine, 92), les 3 et 4 février 2012, et qui marquent le début d'un cycle de recherche sur ce sujet qui va durer trois ans. C'est  ce qu'annonce Manip, magazine trimestriel sur la marionnette, publié par "l'Association nationale des théâtres marionnettes et des arts associés" (Themaa), à la une de son numéro 29.
"Spectacle populaire, donc potentiellement subversif, les marionnettes ont souvent été l’objet d’une surveillance étroite de la part des pouvoirs politiques et religieux. Les représentations ont pu être interdites, les œuvres mutilées, les artistes pourchassés, emprisonnés et parfois exécutés, leurs instruments de travail détruits, l’exercice même de leur métier empêché. Aujourd’hui encore, certains marionnettistes connaissent des pressions, des intimidations, et jusqu’aux formes les plus brutales de la répression.
Mais, plus profondément, l’art de la marionnette rencontre aussi la censure sur un autre terrain, celui de la confrontation aux tabous : parce qu’elle n’est qu’une figure artificielle, il lui est plus facile de représenter l’irreprésentable, les puissances du fantasme, ou plus simplement les territoires de l’intime. À ce titre, la marionnette joue avec nos propres censures, elle les déjoue et nous invite à porter un autre regard sur l’humain et ses frontières. Là aussi, elle est un puissant révélateur de ce qu’il est permis ou non de dire, et de montrer, dans l’espace public – un instrument de mesure des libertés et des contraintes qui régissent notre vivre ensemble."
Au programme de ces deux premières journées de travail, organisées par Clastic Théâtre et Themaa: regard rétrospectif sur la censure dans les pays de l'Est avant la chute du Mur, en Chine durant la Révolution culturelle, à Cuba durant les années 70; regard sur la censure aujourd'hui en Iran, au Niger; regard sur les tabous dans différents pays et sur l'autocensure: ce que peut dire, voir, entendre un enfant;  le spectacle jeune public en France fait-il de l'autocensure?
Manip relaye un appel à contribution lancé par les organisateurs aux artistes: "Nous sommes intéressés par vos témoignages directs concernant des interdictions ou censures dont vos spectacles auraient fait l'objet, lors de vos déplacements en France ou à l'international: interdiction de représenter, menaces directes sur les personnes, mises en demeure ou pressions pour faire couper, modifier, aménager des parties ou éléments de vos spectacles, attitudes d'autocensure."

Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 08:25

 

Vaclav Havel

 

"Il existe sans doute peu de personnes au monde qui aient été le dernier président d'un pays (la Tchécoslovaquie de 1989 à 1992), puis le premier président d'un nouveau pays (la République tchèque, de1993 à 2003) et qui enfin, à 74 ans, deviennent cinéaste débutant" confiait Vaclav Havel, peu avant la sortie de son film "Sur le départ", adapté de sa pièce homonyme. (Courrier international, 5-4-2011).
On ne peut comprendre le parcours étonnant de l'ex-président tchèque, décédé le18 décembre 2011, alors qu'il travaillait à sa dernière pièce intitulée "Sanatorium", sans revenir sur sa vie d'homme de théâtre, à l'opposé de celle des comédiens hollywoodiens Ronald Reagan et Arnold Scharzenegguer, devenus respectivement président des États-Unis et gouverneur de l'État de Californie.
Havel est né en 1936, dans une très vieille et très riche famille praguoise, à l'origine du Palác Lucerna (lieu culturel toujours installé place Venceslas)  et des  studios de cinéma les plus grands d'Europe, basés dans le quartier de Barrandov. Après l'arrivée au pouvoir des communistes en Tchécoslovaquie, la famille Havel est expropriée; peu à peu tous ses biens sont nationalisés. "Fils d'ennemis du peuple", Vaclav Havel n'a pas le droit de poursuivre des études supérieures. Il s'inscrit dans une école du spectacle et débute comme machiniste, éclairagiste, accessoiriste… dans de petites salles d’avant-garde comme l'ABC, le Théâtre Na zabradli’ (La Balustrade). Promu lecteur et conseiller littéraire, il commence à écrire et à être joué: La Fête en plein air (1963), Le rapport dont vous êtes l’objet (1965), Plus moyen de se concentrer (1968). Ses prises de position durant le Printemps de Prague vont, avec le retour à la normalisation, lui faire connaître une longue période de censure (20 ans): ses pièces sont interdites, ses livres retirés des librairies. "Des prisonniers étaient chargés de découper son nom pour le faire disparaître des manuels littéraires" se souvient Eda Kriseova. C'est l'époque du "samizdat": livres interdits, copiés, recopiés, publiés dans les collections Petlice, Expedice. C'est l'époque de la naissance, à Toronto, de Sixty-Eight Publishers. link
Havel part travailler dans une brasserie, expérience de "dissident" qu'il racontera dans Audience et Vernissage (1975), pièces jouées clandestinement en appartement.
La signature des accords d'Helsinki (prévoyant notamment le "respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales"), l'arrestation des musiciens du groupe undergrround The Plastic People of the  Universe vont être à l'origine de la Charte 77, manifeste dont Vaclav Havel est l'un des rédacteurs avec Jan Patocka. Porte-parole du mouvement, il va être emprisonné en 1978, puis de 1979 à 1983. Il continue à écrire du théâtre: Hôtel des cimes (1976), Pétition (1978), Tant pis (1983), Largo desolato (1984)... sans parler de sa correspondance avec sa femme Olga  et de son essai Le pouvoir des sans-pouvoir.
Il est à nouveau arrêté en février1989, suite à la journée de manifestation en mémoire de Jan Palach. Quelques mois plus tard, le Mur tombait et Havel était élu président.

 

The plastic people of the Universe

 

Un mois avant Havel, le 10 novembre 2011, disparaissait le poète Ivan Martin Jirous, dit "Magor", leader et fondateur de The Plastic People of the Universe.

Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 15:43

 

Space Exodus - L. Sansour

 

 

La collaboration entre le musée suisse de l'Élysée et son sponsor, le fabricant de tricot Lacoste n'aura pas duré longtemps. La deuxième édition du Lacoste Élysée Prize, un prix financé (25.000 euros) par la marque au crocodile, n'aura pas lieu. Dans un communiqué (21-12-2011), la direction du  musée a annoncé qu'elle avait décidé d'en interrompre l'organisation, expliquant que ''la volonté du partenaire privé d'exclure" l'artiste d'origine palestinienne Larissa Sansour était à l'origine de sa décision.
Dans un communiqué, paru peu après celui du musée, la marque française confirme l'annulation du prix mais nie que l’exclusion de Larissa Sansour soit d’ordre politique. D’après elle, "après avoir reçu les œuvres des nominés, le musée de l’Élysée et Lacoste ont eu l’impression que le travail de l’artiste ne s’inscrivait pas dans le thème «La joie de vivre»."  
Depuis une dizaine de jours, les deux partenaires traversaient une crise. Conformément au règlement du prix, le musée de l'Élysée avait établi la liste des neuf artistes finalistes et publié leurs noms sur son site: Charles Fréger, Mathieu Gafsou, Olivier Metzger, Trish Morrissey, Larissa Sansour, Anna Skladmann, Julia Smirnova, et Taiyo Onorato / Nico Krebs. link
Mais le 14 décembre 2011, le nom de Larissa Sansour disparaissait du site de l'Élysée et son directeur, Sam Stourdzé, annonçait à l'artiste que le mécène, considérant son travail exagérément propalestinien, ne souhaitait plus qu’elle participe au concours et lui signifiait sa mise à l’écart du prix. (La Liberté, 22-12-2011)

 

Nation Estate - L. Sansourjpg

 

Dans la suite de Space Exodus, vidéo où elle jouait le rôle de la première femme cosmonaute palestinienne, Larissa Sansour avait été retenue par le musée de l'Élysée pour son projet science-fictionesque ironiquement intitulé "Nation Estate". En quelques photographies, elle y montre "la naissance d'un État palestinien, mais un État réduit à un seul, immense gratte-ciel enclos d'un mur de béton (Estate au sens immobilier du terme)" dans lequel serait logé tout le peuple palestinien (...) À chaque étage du gratte-ciel, une ville; pour aller d'une ville à l'autre, au lieu des checkpoints, des voyages en ascenseur"  explique  sur son blog Lunettes rouges (20-12-2011). Le peuple palestinien connaitrait enfin la grande vie. Une nouvelle forme de "joie de vivre", non?

Complément d'informations.
Ironie de l'histoire, le même musée de l'Élysée est à l'origine de l’exposition “Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie”, présentée en 2008 à Lausanne, puis en 2009 à la Bibliothèque Nationale de France. Dans le livre-catalogue (Actes Sud, 2008), Daniel Girardin et Christian Pirker montrent en 73 photographies classées chronologiquement, comment  de 1840 à 2007, polémiques après actes de vandalisme ou de censure, la photographie a été reconnue comme un art et comment s’est créée une jurisprudence. En exergue du livre, les deux auteurs citent Bakounine : “Tout ce qui, en langage politique, s’appelle le droit n’est rien d’autre que l’illustration du fait créé par la force.”(Observatoire de la censure, 28-8 2008).
Le Washington Post (22-12-2011) remarque que, pour la deuxième fois en quatre mois, Lacoste traverse une crise d'image et de communication: en septembre 2011, Lacoste avait demandé à la police norvégienne de veiller à ce que l'extrémiste Anders Berhing Breivik, accusé d'avoir tué 77 personnes le 22 juillet sur l'île d'Utoya, ne porte pas de vêtements Lacoste (sa marque préférée) lors de ses apparitions publiques.
Par ailleurs, en Grande-Bretagne, Alice Oswald et John Kinsella, deux des dix poètes nominés en 2011 par la  Poetry Book Society ont demandé que leurs noms soient retirés de la liste des sélectionnés pour le prix T.S.Eliot (15.000 £ ). lls veulent ainsi marquer leur désapprobation devant l'arrivée d'un  nouveau sponsor. Après avoir perdu le soutien financier du Arts Council - équivalent anglais du ministère de la culture -  la Société du livre de poésie a comme mécène, pour trois ans, Aurum, société financière d'investissement spécialisée dans la gestion sophistiquée de fonds spéculatifs. (BBC, 8-12-2011)

Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 23:18

L'Union européenne a interdit la diffusion de «In-Justice : The Story of Afghan Women in Jail», documentaire qu'elle avait commandé à Clémentine Maupas et financé à hauteur de 70.000 euros pour promouvoir les droits des femmes en Afghanistan: elle craint "que les femmes qui y figurent ne soient mises en danger par la diffusion du film ".
D'après le New York Times (1-12-2011) qui a pu le voir, le film présente le cas de trois jeunes femmes emprisonnées: celle d'une adolescente de 14 ans qui aurait été kidnappée et se serait enfuie pour retrouver sa famille; celle d'une femme de 26 ans, jugée pour adultère qui aurait fui le mari qui la maltraitait pour suivre un jeune homme dont elle était tombée amoureuse; celle de Gulnaz, jeune femme  violée à 19 ans  par son cousin et condamnée à 12 ans de prison... pour relation sexuelle hors du mariage. Gulnaz a donné naissance en prison à une fillette issue du viol, un juge lui propose sa libération à condition qu'elle épouse son violeur... (The Times, 1-12-2011, Rue89, 4-12-2011)

 

Love Crims of Kabul

 

Aux États-Unis, du 11 au 24 juillet 2011, a été diffusé sur le réseau HBOLove Crimes of Kabul, documentaire de la réalisatrice irano-américaine Tanaz Eshaghian. Tourné dans la prison de femmes de Badam Bagh, le film est centré sur les cas de trois jeunes femmes, emprisonnées en attente de jugement: Aleema (22 ans) s'est enfuie de chez elle, Kareema (20 ans) est enceinte de son petit ami, Sabereh (18 ans) a été retrouvée par son père dans les toilettes avec un garçon...

Vendredi 30 décembre 2011 5 30 /12 /Déc /2011 23:10

 
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