11 février 2010 : Eutelsat, premier opérateur satellitaire européen, censure une chaîne de télévision géorgienne.

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Depuis le 7 janvier 2010, Pevuy Kavkazskiy (Premier Caucase ou 1K)  s’affirmait comme la seule chaîne de télévision russophone transcaucasienne, indépendante du Kremlin. Elle émettait grâce au satellite W7 mis à disposition par Eutelsat, le premier opérateur européen de service par satellite. Organisation intergouvernementale à ses début, Eutelsat a été transformé en société privée en 2001, détenue à 31 %  par l’espagnol Abertis Telecom et 25 % par la Caisse des dépôts. Son siège est à Paris.
Basée à  Tbilissi, dans une Géorgie dont 20% du territoire est occupé par les militaires russes, Pevuy Kavkazskiy ouvrait un espace de liberté pour toutes les républiques post-soviétiques. Sa rédaction était un refuge pour des journalistes venant de tous les coins du Caucase (Arméniens, Abkhazzes, Ossètes, Thetchènes, Kasakhs, Azerbaïdjanais) “reporters qui, pour la plupart, ne peuvent plus travailler dans leur pays sans risquer de se faire coffrer ou dézinguer par les agents du FSB”, écrit Sylvie Coma, dans Charlie Hebdo (n°921, 10 février 2010) .
Mais le 25 janvier 2010, deux heures après le lancement de l’année France-Russie, Eutelsat coupait le signal de la petite chaîne géorgienne. Les responsables de 1K découvraient que Eutelsat avait signé avec Interspoutnik, filiale médias du géant russe Gazprom, un contrat de 200 millions d’euros annuels par lequel l’opérateur européen s’engage à fournir  seize canaux du satellite W7 pour toute la durée de vie en orbite de l’engin (encore 15 ans).
Désormais, l’affaire a été portée devant la justice française. Pevuy Kavkazskiy demande au juge d'ordonner à Eutelsat de reprendre la diffusion de ses émissions par son satellite W7, sous astreinte de 50.000 euros par jour de retard. Un jugement sur le fond est attendu pour le 22 février (AFP).
“En tant que citoyen, ça me pose un problème” a reconnu le PDG d’Eutelsat, cité par Charlie Hebdo, avant de poursuivre: “En tant que chef d’entreprise, non.”
« La question, c’est de savoir s’il est possible, aujourd’hui, de diffuser sur le territoire russe une information qui n’est pas contrôlée par le Kremlin ? », s’interroge la journaliste géorgienne Maya Bichikashvili dans La Croix (2 février).
Eutelsat devient-il le ”relais satellite des régimes totalitaires”? questionne Raphaël Haddad  dans La règle du jeu. Sylvie Coma rappelle: “En 2008, à la demande de Pékin, l’opérateur avait déjà censuré la chaîne dissidente chinoise NTDTV, juste avant les Jeux olympiques. Puis, en 2009, obligé la BBC émettant en persan à changer de satellite pendant les manifestations iraniennes.”
Site de Taurillon: link
Site de Eutelsat: link

Salle de la télévision 1K


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