11 juillet 2010: Interdiction d'un livre sur l'Occupation allemande à Bourg-Blanc (Finistère)

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Avec le temps - Michel Treguer
Réalisateur pour la télévision, homme de radio, écrivain, Michel Treguer, né en 1940, n'est pas historien de profession. Suite à la mort de son père, "instituteur laïc", il entame une enquête sur un passé familial qu'il croyait pourtant bien connaître. Il découvre incidemment un secret concernant sa grand-mère Maryvonne qui, pendant plus de 40 ans, avait tenu un café-épicerie-tabac dans le village paternel puis un autre, concernant sa tante Mimi. Il harcèle sa famille, hante la maison de retraite du village, questionne les survivants, oublieux et taiseux. Il va consulter les archives d'Ille-et-Vilaine, trouve trace du dossier d'un procès à la Libération pour "indignité  nationale": il tombe sur des lettres d'amour, des lettres de soldats allemands, des témoignages sur les "collaborateurs" réunis par les FFI...  À partir des documents rassemblés, il  décide de faire un livre, méditation sur la mémoire, sur la transmission entre générations, sur l'écriture de l'Histoire.
Avant sa publication, l'auteur et son éditeur s'étaient questionnés. Fallait-il écrire les patronymes des personnes citées, ou ne  mettre que des initiales? Il leur était finalement apparu que, à plus d'un demi-siècle de distance, "alors que presque tous les acteurs sont morts - des acteurs dont le livre ne médit jamais - il était, tout compte fait, plus respectueux de parler clairement".  Le tribunal des référés de Brest en a jugé autrement: il a ordonné, le 5 juillet 2010, le retrait de la vente du livre de Michel Treguer  "Avec le temps, chronique d'un village breton sous l'Occupation allemande."
Achevé d'imprimé en décembre 2009 sur les presses de Cloître imprimeurs à Saint-Thonan, ce livre de 209 pages, sans illustration, était paru le 11 mars dans la collection Ouvertures aux www.éditions-dialogues.fr.  Charles Kermarec, libraire-éditeur, a trois semaines pour rappeler les 1.200 livres encore disponibles et devra donner à la justice le décompte exact des ventes précédentes. C'est la deuxième fois en un mois que cet éditeur est condamné par le tribunal de Brest. (Voir Observatoire de la censure,16 juin 2010). Mais contrairement à ce qui se passe pour "Mediator, 150 mg Combien de morts"  de Irène Frachon - livre poursuivi par le laboratoire pharmaceutique Servier, lmais soutenu par 25 éditeurs link - il ne fera  pas appel cette fois-ci.
D'après Le Télégramme de Brest"le juge Stoll a estimé que l'équilibre entre liberté d'expression et respect de la vie privée penchait en faveur du plaignant", un homme dont le livre mentionnait qu'il était le fruit d'amours entre un soldat allemand et une jeune Française, pendant l'Occupation, à Bourg-Blanc, petite "paroisse" de 3 000 habitants située près de Brest. Dans un entretien accordé avant le jugement, Michel Treguer avait déclaré:  "Toute vérité est bonne à dire, quelle que soit sa difficulté et quelle que soit la difficulté à l’avaler, c’est la vérité et il faut faire face".
Il est toujours autorisé, de lire du même auteur,  "Aborigène Occidental" (Mille et une nuits, 2004) et de (re)lire, de Marguerite Duras "Hiroshima, mon amour".

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