12 janvier 2011: Devoir de réserve, le commandant de gendarmerie Matelly réintégré

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Il avait été radié à vie de la gendarmerie par un décret présidentiel du 12 mars 2010 pour “manquement grave à son obligation de réserve”. Dans une tribune publiée le 30 décembre 2008 par Rue89, cosignée avec deux universitaires, Laurent Mucchielli et Christian Mouhanna, Jean-Hugues Matelly, gendarme et chercheur au CNRS, critiquait le rapprochement police-gendarmerie, effectif début 2009. Le conseil d'Etat a annulé le décret.  
Dans sa décision, il estime  que le gendarme avait tenu des propos "mesurés", il souligne son "excellente manière de servir en tant qu'officier" : "En faisant le choix de la mesure la plus lourde, équivalente à un licenciement alors qu'elle disposait d'un éventail de sanctions larges (notamment la possibilité de prendre une mesure de retrait temporaire d'emploi), l'administration a prononcé à l'encontre de cet officier de gendarmerie une sanction manifestement excessive." En avril, la plus haute instance administrative avait déjà en partie censuré le décret de radiation  : Jean-Hugues Matelly, bien que radié, continuait à toucher sa rémunération et à bénéficier de son logement de fonction dans l’attente d’une décision sur le fond.
L'institution qui va le réintégrer a néanmoins annoncé qu'elle allait engager de nouvelles poursuites disciplinaires : "Le Conseil d'Etat précise notamment que M. Matelly, qui est un militaire, ne peut se prévaloir du statut de chercheur, ni de la liberté d'expression reconnue aux universitaires. Par conséquent, une nouvelle procédure disciplinaire sera engagée."
Comme le note Camille Polloni (Les Inrocks, 12-1-2011), "la transformation du devoir de réserve en bouclier contre toute critique du système conduit les militaires à témoigner de manière anonyme. En 2008, des officiers supérieurs de l’armée désignés sous le pseudonyme collectif “Surcouf” publient une lettre critiquant les orientations du Livre blanc sur la défense." L'auteur de l'article poursuit en rappelant : "en 1934, le colonel Charles de Gaulle subit des critiques mais aucune sanction malgré un ouvrage diamétralement opposé à l’état major français: Vers l’armée de métier. Le dernier cas connu de représailles contre un militaire s’affranchissant de son devoir de réserve date de 1957. Le général Jacques de Bollardière condamne alors publiquement l’usage de la torture en Algérie. Il écope de 60 jours d’arrêt à la forteresse de La Courneuve."
En octobre 2010, Jean-Hughes Matelly avait fait paraître un livre publié par les éditions Jean-Claude Gawsewitch.

J.H. Matelly

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