13 décembre 2010: Réduire WikiLeaks au silence ou une tentative inédite de censure à l’échelle internationale 

Publié le

 

WikiLeaks

 

Après la mise en ligne sur son site de 91.000 documents militaires secrets sur la guerre en Afghanistan, en juillet 2010, et de 391.832 documents sur la guerre en Irak en octobre 2010, WikiLeaks poursuit son travail d'information en publiant chaque jour depuis fin novembre, en partenariat avec cinq grands quotidiens, quelques unes des 250.000 dépêches diplomatiques américaines secrètes en sa possession. Devant ce flux quotidien d'indiscrétions, confirmations, révélations..., la réaction des États-Unis ne s'est pas faite attendre et le gouvernement américain fait tout pour arrêter les fuites, en tarir la source. "M. Assange (porte-parole et cofondateur de WikiLeaks) n'est pas un journaliste. C'est un anarchiste. Et il ne mérite pas les protections d'un journaliste", a déclaré Philip Crowley, le porte-parole du département d'État américain (AFP, 2-12-2010). Pourtant WikiLeaks "a probablement déjà produit plus de scoops que le Washington Post en trente ans", estimait le quotidien britannique The Guardian.
Parmi les diverses ripostes et mesures de représailles contre WikiLeaks depuis quinze jours, on remarquera principalement celles-ci.
Les serveurs suédois de WikiLeaks  ayant été la cible de nombreuses attaques par déni de service (DDOS)), le site était contraint d'émigrer aux États-Unis, et se faisait héberger par Amazon.
Le bureau du Budget de la Maison Blanche interdisait aux fonctionnaires d’utiliser leur ordinateur professionnel pour visiter le site de Wikileaks. La bibliothèque du Congrès était parmi les premières institutions à bloquer l’accès de WikiLeaks à son personnel. (RFI 5-12-2010)
Très rapidement Amazon décidait de ne plus héberger WikiLeaks. Le site marchand réfutait les accusations de pression politique – il avait reçu la visite de la commission sénatoriale de la sécurité intérieure –, mais pointait les violations de ses conditions de service par WikiLeaks. Ces dernières "stipulent que vous déclarez et garantissez que vous possédez ou alors contrôlez tous les droits sur les contenus (...), que l'utilisation du contenu que vous fournissez ne viole pas cette politique et ne causera aucun dommage à aucune personne ou entité'."
Décision rare, EveryDNS, le principal fournisseur gratuit de noms de domaine - il permet de faire le lien entre l'adresse IP d'un site Internet, qui se compose d'une série de chiffres compréhensibles par le navigateur Internet, et le nom "usuel" du site - brisait le lien, interrompait son service auprès de wikileaks.org "pour violation de la mention selon laquelle 'un membre ne doit pas interférer avec la possibilité d'un autre membre ou d'une autre entité de profiter de nos services".
WikiLeaks  se faisait alors héberger en partie en Suisse et en France.
Le nouveau secrétaire d'État chargé de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, Éric Besson, annonçait  son intention de faire en sorte que WikiLeaks "ne soit plus hébergé en France" par la société OVH basée à Roubaix. "On ne peut héberger des sites Internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres États en raison d'atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux", écrivait Eric Besson (Le Monde, 3-12-2010).
Postfinance, filiale bancaire de la Poste suisse, annonçait lundi 6 décembre avoir fermé le compte de Julian Assange, destiné à recevoir des dons, en raison de "fausses indications sur son lieu de domicile à l'ouverture de son compte". Le compte PayPal de l'organisation, et les cartes de crédit Mastercard et Visa liées à d'autres comptes étaient également bloqués, "les entreprises concernées arguant du caractère illégal ou lié à des activités illégales de ces comptes" (Le Monde, 7-12-2010).
"C’est la première fois que nous observons une tentative de censure à l’échelle internationale d’un site dont la vocation première est la transparence" notait Reporters sans Frontières (4-12-2010). L’organisation rappellait aussi "qu’elle a toujours œuvré pour le principe de « neutralité du Net » au nom duquel les fournisseurs d’accès et les hébergeurs ne doivent jouer aucun rôle dans les choix des contenus mis en ligne."
 La Quadrature du Net  remarquait que " WikiLeaks se contente de faire ce qu'aurait fait n'importe quel journaliste ayant reçu d'une tierce personne des informations relevant de l'intérêt général : les communiquer au public. "

Aucun chef d'inculpation recevable n'ayant été trouvé à ce jour contre Julien Assange, le mandat international lancé contre lui par la Suède pour "viol" ressemble fort à une grossière machination: les deux jeunes femmes à l'origine de la procédure qui couve depuis le mois d'août, annulée en septembre et qui vient d'être réactivée, reconnaissent (Washington blog, 2-12-2010) avoir eu avec lui des relations consenties, sans violence mais non protégées (sans préservatif).
L'incarcération à Londres de Julian Assange (9-12-2010), et ce jusqu'au 14 décembre, n'empêche pas la  poursuite de la publication des dépêches.
"WikiLeaks va continuer à exister", déclarait son avocat Mark Stephens. "Nous en sommes à la publication du télégramme 301, et il y en a 250.000."
Les premiers diffuseurs du contenu des 251.287 télégrammes diplomatiques sont aujourd’hui les sites de cinq grands quotidiens partenaires : le New York TimesThe Guardian, Der Spiegel, El Pais et Le Monde. Ce sont eux qui ont relu les 250.000 documents pour les expurger de toute information potentiellement dangereuse pour les personnes citées. "WikiLeaks ne publie que les mémos sélectionnés par les cinq journaux, après un travail journalistique et un travail de protection des individus" confirmait Rémy Ourdan, journaliste au Monde,
Quant au site de WikiLeaks, il est actuellement relayé par plus de 1.885 sites miroirs. link

Commenter cet article