13 mars 2010: Lire “Drame à Toulon - Henri Martin” (1ère partie)

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Henri Martin - 1

Le 13 mars 1950, un jeune marin de 23 ans, est arrêté dans l’Arsenal de Toulon pour avoir distribué des tracts contre la guerre d’Indochine. Cette information est tout d’abord relayée par un communiqué, signé “Les anciens de la mer Noire”,  paru dans le quotidien Le Petit Varois. Hélène Parmelin, journaliste à L’Humanité, qui suit le Tour de France, va découvrir pour la première fois l’inscription “Libérez Henri Martin”, sous les roues des vélos, lors du passage du Tour à Toulon le 29 juillet. Progressivement, ce mot d’ordre va se répandre hors du Var, connaître un retentissement national: naissance de ”l’affaire Henri Martin”, sujet de “Drame à Toulon”, pièce en trois actes et 19 tableaux de Claude Martin et Henri Delmas qui sera  créée par Les Pavés de Paris le 20 juin 1951.

L’acte d’Henri Martin n’est pas isolé. Durant l’année 1950, l’opposition à la guerre d’Indochine se manifeste régulièrement par des actions de résistance, comme celle  de Raymonde Dien. Si l’acte d’Henri Martin devient emblématique de la lutte pour la paix au Vietnam, cela est grandement dû à la personnalité de son auteur, à son parcours exemplaire, “héroïque”.
Né en 1927, à Rosières dans le Cher, Henri Martin entre en résistance à 16 ans et s’engage à 17 ans dans  les FTP.  Il signe ensuite un engagement pour cinq ans dans la Marine nationale avec la volonté de poursuivre la lutte contre le fascisme en Extrême-Orient. Quand Martin, engagé en avril 1945, arrive en octobre en Indochine, la lutte contre les Japonais (alliés de Vichy) est devenue celle contre les Vietnamiens aspirant à l’indépendance. Il est scandalisé par les violences faites aux populations civiles, notamment lors du bombardement naval de Haïphong qui fait 6.000 victimes, le 23 novembre 1946.
Après trois demandes de résiliation de son contrat, il est de retour à Toulon en décembre 1947. Suite à  l’interdiction par le préfet maritime, en juillet 1949, du journal Le Petit Varois dans l’Arsenal, il prend la tête d’un groupe de marins qui, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Arsenal, proteste contre les atteintes à la liberté de la presse, incite par voie de tracts, marins, dockers et personnel du port à ne plus participer à l’effort de guerre. Environ 16 tracts sont rédigés ainsi que des inscriptions “Paix au Vietnam” à la peinture au minium  à l’intérieur de l’Arsenal et même sur les bâtiments de la direction.
Arrêté le 13 mars 1950, le  second-maître mécanicien est jugé par un tribunal militaire, à Toulon, le 17 octobre. L’accusation de tentative de sabotage du Dixmude ayant été écartée, il est reconnu coupable de "tentative de démoralisation de l’armée et  d’apologie au refus d’obéissance". Il est condamné à cinq ans de prison et à la dégradation, malgré le témoignage favorable de l’amiral Moullec: “il y a une discipline supérieure aux ordres, celle que la nation, l’honneur dictent” .  Ses avocats Paul Vienney et Dominique Scarbonchi ayant fait appel, un nouveau procès a lieu à Brest  le 17 juillet 1951, mais la condamnation sera confirmée. Henri Martin sera incarcéré à la centrale de Melun, sous le matricule 2078.
Il sera libéré pour bonne conduite  le 2 août 1953, après quarante mois d’emprisonnement. Henri Martin est toujours vivant.

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