15 février 2010: Ko Siu Lan, tolérée en Chine, censurée à Paris.

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Ko Siu Lan

En plein débat sur la ioi Loppsi 2, ce nouvel épisode de la censure ordinaire en France aura été passionnant.
Un lieu central prestigieux à Paris : l’École des Beaux-Arts.
Une jeune artiste chinoise prometteuse présentée par Télérama comme une “performeuse engagée, se recouvrant de sang lors des commémorations de Tian'anmen, faisant voyager dans le monde entier des performances subtiles sur le sort des Tibétains (...)  Une jeune femme passionnée par les signes, les idéogrammes chinois, les slogans de propagande“ : Ko Siu Lan, tolérée à Pékin, censurée à Paris...
Une commissaire d’exposition anglaise, solidaire de l'artiste : Clare Carolin, du Royal College of Art de Londres.
Un directeur, Henry-Claude Cousseau, défenseur à Bordeaux de la liberté d’expression (cf. Prix Tartuffe 2009, 4 juillet - affaire Présumés innocents), devenu censeur à Paris ?
Tout était réuni pour un scénario captivant. L’épisode n’ aura pas déçu. Son écriture aura été bouclée en moins de quatre jours montrant à l’opinion nationale et internationale l’état de dégradation de la liberté d’expression en France, la pression ressentie par les responsables culturels devenant de plus en plus pusillanimes, l’impact des mots quand ils sont mis par un artiste dans l’espace public urbain.
Tout commence mercredi 10 février. Dans le cadre de l’exposition “Un week-end de 7 jours”, Ko Siu Lan  fait installer sur la façade du quai Malaquais  de grandes bannières noires sur lesquelles sont inscrits en blanc les mots "gagner", "moins", "plus" et "travailler". Selon l'endroit où il se trouve, le passant peut combiner les mots,  lire "gagner plus", "travailler moins", etc... Un clin d’oeil oulipien au slogan "travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007. Le soir, Ko Siu Lan constate  que les bannières ont été décrochées. Elle apprend par Clare Carolin, qu' Henry-Claude Cousseau a jugé que son “travail était trop explosif pour rester in situ  (...) et que le moment était délicat car l'école est en train de renouveler sa convention de financement avec le ministère".
Jeudi, oubliant que l’oeuvre de Ko Siu Lan  était publiée dans le catalogue de l’exposition, Henry-Claude Cousseau justifie le décrochage et déclare que "cette présentation non concertée de l'oeuvre, sans explicitation à l'attention du public, pouvait constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l'établissement".
"Je viens de Chine. Je ne peux pas croire que cela m'est arrivé en France. C'est une censure très brutale, sans discussion", déclare Ko Siu Lan.
Vendredi,  elle demande que les bannières soient reinstallées avant l’inauguration officielle prévue vers 19h. Son avocate rappelle que "L’Ecole de Beaux-arts de Paris ne doit pas censurer les artistes, elle doit montrer l’exemple." Le ministère de la Culture fait savoir qu’il n’est pas concerné par ce différend.
Finalement, le samedi 13 février, Frédéric Mitterrand  ordonnait que les bannières soient réinstallées, ce qui était fait dans l’après-midi. Il était temps, l’exposition s’achèvera le 21 février.
Dès jeudi, l’oeuvre de Ko Siu Lan avait fait sur le net l’objet d'un détournement.

Article Télérama : link


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