15 janvier 2010: Volte-face de Google en riposte à une cyberattaque (Chine)

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Google annonce mettre un point d’arrêt à quatre ans de collaboration avec la politique de censure du gouvernement chinois. Depuis l’accord passé en 2006, Google s’engageait à respecter les règles de censure pour obtenir l’autorisation de lancer Google.cn., Google se pliait  aux filtres de la “grande muraille de feu” de la Chine : aucune mention des manifestations de la place Tian’anmen, ni «contenu vulgaire» relevant de la pornographie, ni critique de la politique chinoise, ni aucune autre information non officiellement approuvée. Google a toujours assumé ce compromis, «convaincu que les bénéfices d’un meilleur accès à l’information pour le peuple chinois surpassaient l’inconfort de censurer certains résultats».
À l’origine de ce virage spectaculaire, la découverte d’une attaque informatique  «très sophistiquée»   portant le nom de code Aurora, en provenance de Chine, ciblant les courriels de défenseurs des droits de l’homme, en Chine mais aussi aux États-Unis et en Europe. Google explique maintenant que la découverte de ces atteintes illégales à la vie privée, combinée aux restrictions grandissantes de la liberté d’expression observée depuis l’an dernier sur le réseau chinois, l’amène à reconsidérer sa position.
Par ailleurs comme le montre Éric Landal (“Pékin, big brother mondial" - Libération, 14 janvier 2010) “le gouvernement chinois mondialise depuis 2009 sa censure.” Très soucieuse de son image, la Chine, par l’intermédiaire de son ministère de la propagande extérieure tente, par tous les moyens, d’influencer la perception internationale, d’imposer sa vision,  en incitant à ”une information vraie, correcte, exhaustive et objective".  À au moins deux reprises l’an dernier, Pékin a tenté d’interdire la diffusion sur des chaînes françaises de documentaires sur la Chine: l’un d’eux évoquait la répression de Tiananmen (1989), l’autre le Tibet. Suite  au refus des programmateurs du Festival de Melbourne de déprogrammer Les Dix conditions de l’amour, documentaire qui retrace la vie de la  dissidente ouïghour Rebiya Kadeer, les représailles chinoises commencent: l’ambassadeur d’Australie à Pékin fut morigéné, tous les réalisateurs chinois retirèrent leurs films, le site internet du festival fut pris d’assaut par des hackers chinois... Juergen Boos, le directeur de la Foire du livre de Francfort, a pour sa part décidé de céder, à l’automne, lorsque la Chine lui a demandé de renoncer à inviter deux écrivains dissidents, Bei Ling et Dai Qing. Dernièrement, la Chine a réitéré ses intimidations lors du festival du film de Palm Springs. Devant le refus des organisateurs californiens de retirer un film sur le dalaï-lama, Pékin a contraint deux réalisateurs chinois à se retirer du festival.

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