15 septembre 2010 : Apple et l'ordre moral

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Directeur de Charlie Hebdo, Charb dénonce dans le n°951 de l'hebdomadaire (8-9-2010) le "nouveau ordre moral" véhiculé par Steve Jobs et Apple. Il reproche à l'inventeur de l'iPad et de l'iPhone de profiter d'une situation de quasi monopole technologique pour ne pas respecter un principe de neutralité, et d'intervenir sur les contenus diffusés, en écartant par exemple les contenus sexuels ou politiquement incorrects. "Le génial ingénieur est en réalité un sale petit flic" déclare Charb. "Le système de distribution des journaux en France oblige les diffuseurs à vendre tous les journaux. Steve Jobs, diffuseur de presse, lui, est libre de mutiler les journaux qu'il diffuse (...) Qui garantit au lecteur de journaux sur iPad que l'exemplaire auquel il a accès est la version originale non censurée? "
Pour rappel, en février 2010, le puritain géant américain avait allégé son App Store de quelques 6.000 applications permettant de voir des femmes dénudées ou, comme celle Wooble iBoobs, de pouvoir faire bouger des seins virtuels, sur son téléphone. Certaines applications étaient passées à travers les mailles du filet de cette cyber-purge comme le magazine pour adulte "Playboy" et l’édition bikini du magazine "Sports Illustrated". En décembre 2009, Apple avait rejeté l'application  NewsToons du dessinateur et caricaturiste Mark Fiore, sous le prétexte qu'elle contenait "des éléments qui ridiculisent des personnages publics, en violation de la section 3.3.14 de  l'iPhone Developer Program License Agreement : une application peut être rejetée si elle diffuse un contenu (texte, graphique, dessin, photo, son) qu'Apple juge désobligeant, par exemple un  contenu pornographique, obscène ou diffamant". En avril 2010,  Steve Jobs avait fait marche arrière et  présenté ses excuses à Mark Fiore après que le dessinateur ait reçu le prix Pulitzer du meilleur dessinateur de presse. link
Comme le signale Numérama, "Charlie-Hebdo ne doit pas perdre de vue l'existence de solutions alternatives. Car l'univers mobile ne s'arrête pas, et ne doit pas s'arrêter, à Apple. D'une part, l'hebdomadaire peut se développer sur d'autres plates-formes moins sévères en matière de contenus. C'est notamment le cas de l'Android Market (...) Ensuite, il est toujours possible de contourner les restrictions de l'App Store en développant une application entièrement conçue en HTML 5. De cette façon, les possesseurs d'iPad ou d'iPhone pourraient toujours profiter des caricatures de Charlie-Hebdo. Cependant, l'hebdomadaire devrait certainement faire une croix sur l'appétissant gâteau de l'App Store. Rappelons que l'App Store reverse 70 % de la vente d'une application au créateur de l'application. "

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