16 juin 2010: Laboratoire pharmaceutique Servier contre les éditions Dialogues et le Dr Frachon (Brest)

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Mediator 150mg

 

Le 30 novembre 2009, suite à une décision de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), trois médicaments contenant du benfluorex, dont le Mediator 150 mg, étaient retirés des pharmacies, en raison de leur "efficacité modeste" sur le diabète de type 2, et de "risques avérés d'atteintes des valves cardiaques". Si deux des médicaments étaient des génériques mis récemment sur le marché (début octobre 2009) par les laboratoires Mylan et Qualimed, il en allait autrement pour le Mediator 150 mg, commercialisé par les laboratoires Servier depuis 1976. 200 à 300.000 personnes en consommaient chaque jour. Majoritairement il s'agissait  de femmes, l'utilisant comme coupe-faim, pour perdre du poids. 2 millions de personnes en auraient consommé depuis sa mise sur le marché. Le chiffre d’affaires du Mediator 150 mg pour Servier était de l’ordre de 3,6 millions d’euros par an. La revue médicale Prescrire se félicitait du retrait de cet "amphétaminique", banni du marché "depuis des années en Espagne". Ses "effets indésirables cardiovasculaires et neuropsychiques sont superposables à ceux qui ont conduit au retrait du marché de 2 autres amphétaminiques anorexigènes : la fenfluramine (ex-Pondéral) et la dexfenfluramine (ex-Isoméride)".
Dans  Médiator 150 mg, combien de morts? publié le 2 juin  2010 par l'éditeur brestois Charles Kermarec, directeur également de la librairie Dialogues, le docteur Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, spécialiste de l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) revient  sous la forme d'un journal, sur toutes les étapes d'une enquête de trois ans qui l'a conduite à devenir l'une des protagonistes à l'origine du retrait de ce médicament. Son témoignage de l'intérieur commence par une scène d'autopsie, celle de madame A., qui avait pris ce médicament pour maigrir...  Pour Rony Brauman, ce témoignage "exemplaire" soulève beaucoup de questions sur les pratiques commerciales des laboratoires pharmaceutiques. Quelles sont  leur influence et leur implication dans les décisions de santé publique, écrit dans la postface l'ancien président de Médecins Sans Frontière? Quelle est  l'indépendance  des dispositifs d'évaluation des médicaments à l'heure "où  diminue le financement public des activités de pharmacovigilance  confiées dans des  proportions croissantes aux compagnies pharmaceutiques", quand "la plupart des essais thérapeutiques de nouveaux médicaments, publiés sous la signature  de médecins universitaires (...) sont en réalité écrits par des nègres de l'industrie pharmaceutique".
Est-ce l'indépendance de l'auteur du livre, du postfacier et de leur éditeur breton qui n'a pas plu au puissant groupe Servier, au moment où le tribunal de Nanterre autorisait la nomination d'un expert pour étudier le cas d'une patiente souffrant d'une lourde pathologie cardiaque et qui avait pris du Mediator trois fois par jour pendant sept ans?  Le fait est que le groupe pharmaceutique a répliqué en attaquant le livre en justice. Pas sur son contenu: sur son emballage, sur son titre. Le 7 juin, le juge des référés de Brest a estimé que la mention "Combien de morts ?"  jetait le "discrédit" sur l’image du laboratoire Servier, "entravant son activité", portait atteinte à ses droits et devait être enlevée de la première page de couverture sous astreinte de 50 euros par exemplaire distribué. Pour le juge, "un retour sur le marché du Mediator est toujours envisageable". Dans ce cas, «le dénigrement provoqué par la mention litigieuse se révélerait grandement source de discrédit».
Pour l'éditeur qui avait tiré le livre à 5.500 exemplaires, c'est une "interdiction de fait". Il a fait appel et, dans l'attente du jugement, a fait fabriquer des étiquettes autocollantes à placer sur chaque exemplaire, sur la mention censurée. De plus, il a décidé de  réimprimer le livre. Il est disponible sous un nouvel ISBN avec une couverture modifiée indiquant: Mediator 150mg, Sous-titre censuré, en version numérique et en version papier.
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