17 avril 2011 : Mustapha Benfodil censuré, Jack Persekian viré ( Sharjah) 

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M. Benfodil - Maportaliche

 

Le Sheikh Sultan bin Mohammed Al Qasimi, émir de Sharjah (Émirats Réunis) n'a pas apprécié  l'installation multimédia  de l'artiste  et écrivain algérien Mustapha  Benfodil qui était présentée dans la cadre de la 10ème Biennale de la ville (13 mars / 16 mai 2011). Suite à des plaintes de visiteurs qui l’ont jugée obscène et blasphématoire,  l'oeuvre intitulée « Maportaliche/Écritures sauvages » (It has no importance/Wild Writings) a été retirée. Jack Persekian, directeur de la Biennale depuis 2007, a été limogé pour avoir manqué de vigilance en l’exposant.
L’œuvre (visuelle et sonore) installée dans une cour de la ville, non loin d'une mosquée, mettait en situation face à face, séparées par un arbitre en noir, deux équipes de footballeurs avant le début du match: 23 mannequins figés, sans tête. Sur leurs  maillots  étaient  imprimés, d’une part, des extraits d’ouvrages de l’auteur (romans, théâtre, poésie) et, d’autre part, "un matériau hybride puisé dans la culture populaire algérienne" (chansons, blagues, poésie populaire, plats de cuisine, jeux de société...). Des phrases en arabe étaient peintes sur les murs. (Algériades, 14-04-2011)
Dans un communiqué intitulé "Parce que l'art n'est pas une langue de bois"  (06-04-2011), Mustapha Benfodil témoigne sa solidarité à Jack Persekian, rend hommage aux commissaires de la manifestation (Rasha Salti, Suzanne Cotter et Haig Aivazian). Il en profite pour apporter des éclaircissements à propos de son œuvre.
"Le texte incriminé est un monologue (Le Soliloque de Chérifa) tiré d’une pièce de théâtre intitulée «Les Borgnes», et qui a été jouée dans pas mal de pays, villes, festivals, à Paris, à Marseille, à Aix-en-Provence, à Montréal, et à Alger aussi (dans le cadre de mon cycle « Pièces détachées – Lectures sauvages »). Ce texte auquel une partie du public et des organisateurs reprochent son caractère obscène et blasphématoire, se veut le récit hallucinatoire d’une jeune femme qui a été violée par des illuminés djihadistes se revendiquant de l’islamisme radical comme mon pays l’Algérie en a connus au plus fort de la guerre civile dans les années 1990. Si les mots sont choquants, c’est parce que le viol est atroce, et ce n’est malheureusement pas une fiction, ce que ce texte raconte. Et s’il est interprété comme étant une charge contre l’islam, qu’on me permette de préciser que dans les mots de Chérifa, c’est à un dieu phallocratique, barbare et fondamentalement liberticide qu’il est fait référence. En définitive, c’est le dieu des « Groupes islamiques armés » (GIA), cette secte de sinistre mémoire qui a violé, violenté, massacré, des dizaines de milliers de Chérifa au nom d’un paradigme révolutionnaire pathologique supposément inspiré de la Vulgate mahométane. Sans vouloir me justifier, je dois simplement souligner que mon Allah à moi n’a rien à voir avec les divinités dévastatrices dont se réclament les mouvements millénaristes algériens, ces légions de « Barbes Arides » qui ont décimé mon peuple avec la complicité active de nos appareils de sécurité.
 (...) je voudrais ajouter qu’en cette conjoncture particulièrement intense et créative pour les sociétés arabes, il est pour le moins regrettable qu’on gâche la chance de remettre la Liberté au cœur du débat. (...) J’espère de tout cœur, que ce cycle révolutionnaire arabe qui a ébranlé nos régimes politiques, bouscule dans sa lancée impétueuse nos imaginaires, nos goûts, nos canons esthétiques et nos régimes de pensée. Que cela contribue à dépoussiérer nos signes et nos mots, et qu’on cesse de repeindre nos murs chaque fois qu’un trublion se pique d’y graver ses rêves insolents ! "  link

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Mustapha Benfodil est né en 1968 à Relizane. Il est l'auteur de poèmes, nouvelles ( L’Homme qui voulait changer le monde à huit heures moins le quart, in La Pensée de Midi n°18, avril 2006) - link, romans (Les bavardages du Seul, Barzakh, 2003). Parmi ses pièces, on notera  Clandestinopolis (L'Avant-scène-Les Quatre-vents 2008). Au printemps 2002, Il était venu, avec trois autres auteurs algériens à la bibliothèque de théâtre Armand Gatti, dans le cadre d'un "Bocal agité" organisé par Gare au théâtre et Les 4 Saisons du Revest. Il y avait écrit  France 0 - Uruguay 0, une courte pièce, déjà en résonance avec le football, éditée par Gare au théâtre et Les Cahiers de l'Égaré (Le bocal varois, n°16, 2002).
Sa prochaine pièce Les Borgnes devrait être créée le 12 janvier 2012  à la Scène nationale du Creusot par  la compagnie El Ajouad  dans une mise en scène de Kheiredddine Lardjam.
Mustapha Benfodil est l'auteur du Manifeste du Chkoupisme lu au Théâtre de la ville en mai 2009. "Il faut une révolution ponctuelle et diffuse. Une révolution de chaque instant, de chaque lieu, de chaque jour, de tous les jours. Une idée folle pour chaque jour que Dieu fait ou défait." link


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