17 février 2010 : Fermeture de l’hebdomadaire "Cambio" à la veille des élections (Colombie)

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L’arrêt brutal du magazine d'information a pour beaucoup de personnes un goût de censure. Créé en 1993, un temps détenu par le Prix Nobel Gabriel Garcia Marquez, propriété du groupe CEET depuis 2006, Cambio avait multiplié en 2009 les «unes» fracassantes contre le pouvoir: la rédaction avait montré les liens avec la mafia d’un procureur, frère du ministre de l’Intérieur, détaillé un accord ouvrant au Pentagone les portes des bases militaires colombiennes... Pour justifier sa décision drastique, le président du groupe CETT, Luis Fernando Santos, a évoqué «le déclin mondial des magazines d’actualité et de politique». L'hebdomadaire doit laisser la place à un mensuel plus léger, axé sur les loisirs. Le groupe a parmi ses actionnaires l’éditeur espagnol Planeta, candidat à la licence de la troisième chaîne télévisée privée, ainsi que la puissante famille Santos. Hormis le dirigeant du conglomérat, elle comprend l’actuel vice-président colombien, Francisco, et surtout l’ex-ministre de la Défense Juan Manuel, favori pour succéder à la présidentielle de mai prochain à son mentor Alvaro Uribe s’il ne se représentait pas. Il avait taxé en décembre les journalistes de Cambio «d’idiots utiles à la guérilla» pour un article mettant en cause les résultats de l’armée. Le président de la Fondation pour la liberté de la presse, Ignacio Gomez, a dénoncé ces «relations incestueuses», dévoilées dans un climat délétère. La disparition de l’un des deux seuls hebdomadaires d’information du pays survient deux mois avant des élections législatives et présidentielles sous tension. Un nouveau parti lié aux mafias promet d’apporter des sièges décisifs au camp Uribe-Santos. Enfin, des journalistes proches de l’opposition ont appris ces derniers mois qu’ils avaient été mis sur écoutes par les services secrets présidentiels. (Le Temps, Libération)

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