17 mai 2010: Trop violent, le musée de la mafia interdit aux mineurs (Salemi)

Publié le

 

Museo della mafia

 

Suite aux malaises de deux visiteuses, Vittorio Sgarbi, le maire de Salemi (près de Trapani, Sicile) a décidé d’interdire l’accès de certaines salles du musée de la mafia aux mineurs de moins de 16 ans.
Le musée, installé dans un ancien couvent des Jésuites, porte le nom de l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia. Il a été inauguré le 11 mai 2010 par le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, dans le cadre des célébrations du 150ème anniversaire de l’Unité italienne et, particulièrement, du débarquement  en Sicile de Garibaldi et de l'expédition des Mille.
Il s’agit du premier musée italien consacré à Cosa Nostra. Il a été conçu par Vittorio Sgarbi, maire de Salemi et critique d’art, et par le célèbre photographe Oliviero Toscani. Ce dernier a signé le logo du musée: une tache de sang ayant la forme de la Sicile. Les deux hommes ont pris de vitesse tout le monde, devançant deux projets annoncés à Las Vegas: celui,  institutionnel, appuyé par le maire de Las Vegas et par le FBI , et celui voulu par la fille de Sam Giancana, un des boss de Chicago dans les années 50.
À Salemi, le visiteur commence son voyage dans l’histoire de la mafia en pénétrant seul, et successivement dans dix “isoloirs”: dans chaque cabine,  un thème particulier est illustré par une vidéo, des témoignages, des entretiens enregistrés. Ce  chemin de croix laïque en dix étapes - parcours sensoriel aussi selon les scénographes qui ont multiplié les effets spéciaux, sonores et olfactifs - peut être éprouvant, angoissant pour les personnes sensibles: dans la cabine 8, le visiteur se retouve à l’arrière d’une boucherie avec ses carreaux tachés de sang; de la cabine “combustion” traitant de l’intimidation, du racket et des extorsions se dégage une odeur de brûlé.
La visite se poursuit dans plusieurs salles avec notamment des photographies retraçant à travers les unes des journaux l’histoire de la mafia, ses liens avec le pouvoir, ses rapports avec l'Église, des documents sur le bétonnage de Palerme, sur le nouveau marché lucratif et controversé des éoliennes... À noter deux expositions temporaires: l’une donne à voir 40 portraits de victimes de la mafia réalisés par le peintre flamand Patrick Ysebaert, l’autre des peintures faites en prison par le trafiquant de drogue et tueur repenti  Gaspare Mutolo.
Le jour de l’inauguration arrivait une décision de justice qui, donnant raison aux héritiers de la famille Salvo, demandait au musée d’enlever la une du journal Ora annonçant en 1984, photo à l’appui, l’arrestation pour association de type mafieux des deux "hommes d’honneur", les “cugini” Ignazio et Antonino Salvo.
Si la mafia est entrée au musée, elle est toujours bien vivante et très puissante, de mieux en mieux organisée comme peuvent le constater chaque jour des personnes menacées de mort, telles que Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra", ou  le journaliste Lirio Abbate, correspondant à Palerme de l'agence de presse Ansa. (La Stampa-Corriere.it)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article