17 mars 2010: Mort de Jean Ferrat, chanteur engagé et...censuré

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Le 13 mars 2010 mourrait Jean Ferrat, auteur-compositeur-interprète d'environ deux cents chansons. Durant sa carrière, il fut souvent victime d'actes de censure: certaines de ses chansons jugées "trop politiques" furent interdites d’ondes et d’écrans dans les années 60 et 70.

"Nuit et brouillard"
(1963), chanson sur la déportation et les camps de concentration, fut "déconseillée" par le directeur de l’ORTF. Mais elle passera en douce, un dimanche à midi, dans le Discorama de Denise Glaser.
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"Potemkine" (1965), chanson écrite à la gloire des marins du cuirassé de la mer Noire, dont la mutinerie fut le prélude de la révolution russe de 1905, fut interdite lors d’une émission en direct. "Chantez autre chose", lui dira-t-on à l’ORTF. Le chanteur restera en coulisses, refusant de paraître sans sa chanson.
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"Ma France" (1968), chanson dans laquelle il s’attaque aux gouvernants, fut interdite d’antenne. Ferrat refusera de passer à la télé sans elle et patientera deux ans avant d’être à nouveau invité sur un plateau. En 1971, Yves Mourousi rompt la censure en diffusant un extrait de la chanson.
" Cet air de liberté au-delà des frontières / Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige / Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige / Elle répond toujours du nom de Robespierre / Ma France /"
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"Au printemps de quoi rêvais-tu ?" (1969) : chanson  inspirée de Mai 1968 est censurée à la télé.
"Au printemps de quoi rêves-tu? D'un printemps ininterrompu."
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 "Un air de liberté" (1975), chanson sur la guerre d'Indochine disparaît de l’émission "Jean Ferrat pour un soir" présentée par Jacques Chancel. La direction d'Antenne 2 a cédé à Jean d’Ormesson, alors directeur du Figaro, qui s’estime diffamé. Finalement le chanteur obtient de lire une déclaration préalable expliquant pourquoi l’émission est tronquée.
"Les guerres du mensonge les guerres coloniales / C'est vous et vos pareils qui en êtes tuteurs / Quand vous les approuviez à longueur de journal / Votre plume signait trente années de malheur /
Allongés sur les rails nous arrêtions les trains / Pour vous et vos pareils nous étions la vermine / Sur qui vos policiers pouvaient taper sans frein / Mais les rues résonnaient de Paix en Indochine /
Ah monsieur d'Ormesson / Vous osez déclarer Qu'un air de liberté / Flottait sur Saïgon/ Avant que cette ville s'appelle Ville Ho-Chi-Minh
Mais regardez-vous donc un matin dans la glace / Patron du Figaro songez à Beaumarchais /
Il saute de sa tombe en faisant la grimace / Les maîtres ont encore une âme de valet."

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"Compagnon de route" du Parti communiste français, Jean Ferrat mit en musique une trentaine de poèmes d'Aragon. Il ne chanta jamais dans les pays de l'Est. Une première possibilité de tournée ne put se concrétiser en raison de la chanson "Potemkine", un second projet échoua suite à la parution de "Camarade" (1969), chanson sur la répression du printemps de Prague: "Que venez-vous faire Camarade / Que venez-vous faire ici / Ce fut à cinq heures dans Prague Que le mois d'août s'obscurcit /"
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Après "Le bilan" (1980), cela devenait quasiment impossible...
"Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres / De Prague à Budapest de Sofia à Moscou / Les staliniens zélés qui mettaient tout en oeuvre / Pour vous faire signer les aveux les plus fous / (...)
Au nom de l'idéal qui nous faisait combattre
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd'hui
Mais quand j'entends parler de "bilan" positif / Je ne peux m'empêcher de penser à quel prix / Et ces millions de morts qui forment le passif / C'est à eux qu'il faudrait demander leur avis / N'exigez pas de moi une âme de comptable / Pour chanter au présent ce siècle tragédie / Les acquis proposés comme dessous de table / Les cadavres passés en pertes et profits / (...)
C'est un autre avenir qu'il faut qu'on réinvente..."

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"Quand on n'interdira plus mes chansons..." (1980)
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