17 septembre 2011: Censure de la chanson (Chine)

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Depuis le 31 décembre 2010, la musique en Chine doit passer par un organisme de censure, avant de pouvoir être mise en ligne sur internet. Ce nouveau dispositif, visant à "harmoniser" les moeurs chinoises, s'inscrit dans la lutte contre la pornographie, la violence, le téléchargement... Il s'intéresse  particulièrement au contenu des chansons. Les chansons internationales devront désormais être traduites puis soumises au gouvernement, qui décidera ou non s'il est possible de les mettre en ligne...
Le 19 août 2011, le ministère de la Culture chinois publiait une liste noire de 100 chansons désormais interdites en Chine, parce qu'elles "pourraient causer des dommages à la sécurité culturelle du pays; en raison de leur mauvais goût et d'un contenu vulgaire". Tous les sites internet de Chine avaient jusqu'au 15 septembre pour enlever les chansons incriminées. Parmi elles, les médias occidentaux ont  notamment retenu celles de Lady Gaga (The Edge of Glory, Marry the Night, Hair...), Britney Spears, Owl City, Katy Perry, Eminem, Christina Aguilera, Beyoncé Knowles, Kylie Minogue, du boysband Backstreet Boys, des Canadiens Simple Plan ("You Suck A Love", "CKMHOY", "Freaking My Out" et "Loser Of The Year") ou de Take That, l'ancien groupe du crooner britannique Robbie William. (AFP-Le Monde, 25-08-11)

Cette attention portée aux chanteurs étrangers n'est pas nouvelle. L'album Chinese Democracy du groupe Guns N' Roses avait été interdit en 2008, en raison de la chanson “Chinese Democracy” critiquant le gouvernement de la République populaire de Chine et faisant référence au Falun Gong. Un journal chinois avait écrit que l'album faisait "partie d'un stratagème de l’Occident pour dominer le monde en utilisant la démocratie comme subterfuge". En 2006, le groupe Oasis s'était vu refusé le droit de chanter en Chine, Noel Gallagher ayant participé à un concert de soutien à la cause du Tibet libre en 1997. Les Rolling Stones, en 2006, et  Bob Dylan, en avril 2011, n'avaient pu chanter à Pékin et Shanghai qu'après avoir soumis la liste des titres qui allaient être joués et avoir obtenu l'accord des autorités. Dylan acceptera ainsi de ne pas chanter  "Blowing in the wind" ou "The times they are a-changing". Les Stones avaient retiré cinq titres:  “Heureusement, nous avons quatre cents autres chansons que nous pouvons jouer, alors ce n’est finalement pas vraiment un problème”, avait déclaré Mick Jagger.

Ce nouveau dispositif, qui complète le système censorial déjà en place, ne touche pas seulement les artistes occidentaux. Des artistes asiatiques sont aussi concernés, comme la Taïwanaise Chang Hui-mei, en délicatesse avec Pékin depuis qu'elle a chanté l'hymne taïwanais à l'investiture du président Chen Shui-bian, en 2000.
Il va surtout frapper certains chanteurs chinois, ceux qui, privés de concerts, d'accès à la radio et à la télévision, ou ne pouvant diffuser leurs disques, n'avaient qu'internet pour se faire entendre. Comme le signale l'organisation Freemuse, en mai 2011, "Pour Mergen",  chanson  d'un rappeur mongol, dédiée à un berger assassiné, était immédiatement retirée d'internet: le chanteur y dénonçait le pillage des ressources naturelles de la Mongolie intérieure et la censure sur internet. En septembre 2010, deux jours après leur sortie, tous les CD du chanteur tibétain Pasang étaient confisqués. En mars 2010, le musicien tibétain Tashi Dhondup était condamné à 19 mois de prison pour son album de "chansons subversives" intitulé "Torture sans trace".

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