18 août 2011: Fiasco de la vidéoprotection, appels à la dénonciation, projet de censure des réseaux sociaux (Angleterre) 

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Les 4,2 millions de caméras de vidéosurveillance disséminées à travers tout le pays, dont 500.000 uniquement à Londres, n'ont pas empêché le déclenchement des émeutes  qui ont secoué, du 6 au 11 août, les principales villes d'Angleterre - Londres, Birmingham, Manchester, Liverpool, Bristol, Salford, Nottingham, Gloucester... -  ni de contenir la violence des casseurs.
Incapable de prévenir les délits, de traiter les images en temps réel, de réagir rapidement, la police en a été réduite à mettre en ligne sur Flickr une vingtaine de photographies de "suspects et présumés casseurs", demandant l'aide des internautes pour les identifier. (Numerama, 09 août). Les images tirées de caméras de surveillance étant de trop mauvaise qualité pour être utilisées par le coûteux programme de reconnaissance faciale dont elle dispose depuis peu, la police a dû partir à la recherche de photos de plus haute résolution prises par des médias, des équipes de surveillance, des badauds et demander leur collaboration (MSN Technologie, Canada - L'Express, 11 août). L'initiative policière n'a pas manqué de relais et de soutiens.
 
Ne tirant pas les leçons de la fermeture du News Of the World et de la démission du chef de Scotland Yard, il y a un mois (suite au scandale de la mise sous écoutes téléphoniques de  4.000 personnes), The Sun - tabloïde du groupe Murdoch -  a choisi de faire sa "Une" avec les photos des émeutiers présumés. Le numéro d’un centre d'appel était mis en évidence, les lecteurs étaient encouragés à le contacter afin de dénoncer une personne supposément reconnue. (Arrêt sur images,10 août)
Le  Daily Mail - journal qui a déclenché une panique à la Bourse de Paris après avoir annoncé dans un article sans fondement que la Société Générale était au bord de la faillite - a glané et agrandi une trentaine photos de presse.
Le site Catch a looter («Attrapez un pilleur»), invitait les internautes à envoyer toutes les images des émeutes et pillages qu'ils pourraient trouver, et à tenter d'identifier les individus sur les photos, avant de donner toutes ces informations à Crimestoppers - une association qui propose de dénoncer des crimes anonymement, en ligne ou par téléphone et qui a permis 107.000 arrestations en vingt-trois ans d'existence (Le Figaro, 10 août) .
Sur Twitter, Graham Linehan (un scénariste et réalisateur britannique) a appelé les internautes à repérer les comptes Twitter et Facebook se vantant d'avoir volé des marchandises durant les émeutes, comme celui, où une femme avait écrit avec enthousiasme qu'elle avait «récupéré plein de trucs aujourd'hui» (Libération, 10 août).
Sur Google Groups, un groupe intitulé  "London Riots Facial Recognition" propose l’utilisation de l’API Face pour créer des applications qui permettent de reconnaitre un visage et de le retrouver sur des photos postées sur les réseaux sociaux. D’autres citoyens  proposent d’utiliser l’application de reconnaissance faciale de FaceBook. (Developpez.com - Le Figaro 10 août)
À Birmingham, les photos des émeutiers présumés sont diffusées sur un écran géant, installé sur une camionnette de la police qui circule dans la ville toute la journée. (BFM TV, 13 août)
Le 10 août, David Cameron, ancien membre du Bullingdon Club et actuel Premier ministre britannique,  avait balayé les inquiétudes "bidons concernant les droits de l'Homme", suscitées par la publication des photos des pilleurs présumés et demandé aux grandes chaînes de télévision britanniques (BBC-ITN)  de "remettre leurs rush sur les émeutes à la police". (Guardian, 11 août - La Dépêche, 12 août - RSF, 13 août)

Si des messages appelant au pillage ou à attaquer les forces de l'ordre ont été publiés sur Facebook comme sur Twitter, c'est en très faible nombre. Les émeutiers auraient, en revanche, fait une utilisation assidue des BlackBerry Messages (BBM), un service de SMS proposé sur les téléphones du constructeur canadien Research in Motion (RIM). Contrairement à la France, où la plupart des abonnements mobile incluent l'envoi illimité de SMS, ces messages restent chers au Royaume-Uni. Les BBM contournent le problème : géré par le constructeur, ce service permet d'échanger gratuitement des messages encryptés, individuels ou groupés, entre téléphones BlackBerry. Un élu a demandé la suspension momentanée de la messagerie instantanée de BlackBerry. Le groupe s’y est opposé mais a proposé de collaborer avec la police. En retour, des hackers ont menacé RIM, s’il collaborait avec la police. (Le Monde, 10 août)
Le Premier ministre britannique a évoqué devant le Parlement son projet de couper l'accés des réseaux sociaux et des services de messagerie aux personnes qui s'en servent pour organiser des actes de violence. (L'Humanité, Europe1, 11 août). C'est exactement ce qu'avait fait Moubarak en Égypte. C'est ce que font toutes les dictatures (Syrie, Lybie...). La Chine s'est réjouie indirectement de cette légitimisation anglaise de la censure : "La proposition de Cameron de bloquer les réseaux sociaux détruit le concept de liberté d'expression de l'Occident qui a toujours présenté une supériorité morale en critiquant les développements hésitants de la liberté sur Internet dans les pays en développement". (Global Times, 13 août)

Plus de 1.500 personnes auraient été interpellées après les émeutes.
À Manchester, trois juges de districts siègent jour et nuit pour ne pas perdre une minute et ne pas laisser les prétoires s’engorger. (Dernières Nouvelles d'Alsace, 13 août).
Le 16 août, deux jeunes  hommes de 20 et 22 ans, connus honorablement et qui n'avaient pas de BlackBerry, ont été condamnés à 4 ans de prison ferme pour incitation à la violence. Leurs appels sur Facebook - "Organisons une émeute à Warrington, le 10 août entre 19h et 22h" et "Détruire la ville de Northwich, de 13h à 16h, rendez-vous le 9 août" -  n'avaient pas été suivis d'effet.

Il n'y a "pas de preuve " que l'homme tué dans un taxi le  jeudi 4 août par la police à Londres, et dont la mort est à l'origine des émeutes, ait d'abord ouvert le feu sur les forces de l'ordre, indiquait, le 9 août, la commission indépendante chargée de l'enquête, au vu des expertises balistiques (Le Point, 9 août). En ce qui concerne les faits, la version officielle était tout d’abord que Mark Duggan aurait tiré sur un agent, que la balle se serait logée dans la radio du policier, et que celui-ci aurait ensuite répliqué: la balle retrouvée dans la radio serait en fait d’origine policière.

Depuis 1988, en Grande-Bretagne, 333 personnes sont mortes en garde à vue sans qu’aucun policier ne soit jamais condamné. (The Guardian, 03-12-2010).

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