18 juin 2011: "Octobre à Paris" de Jacques Panigel,  bientôt visible après 50 ans d'occultation  

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Jean Texier - Ici on noie les Algériens

 

Dans le cadre de la commémoration du 50ème anniversaire de la manifestation  du 17 octobre 1961 à Paris, réprimée  sur ordre du préfet de police Maurice Papon, la société de diffusion Les Films de l’Atalante prévoit la sortie en salle, le 19 octobre 2011, du film de Jacques Panigel, "Octobre à Paris".
Tourné clandestinement de novembre 1961 à avril 1962, ce documentaire de 70 minutes est le premier film réalisé sur cette manifestation pacifique d'Algériens (entre 20 et 30.000) qui, à l'appel du FLN,  défilèrent dans les rues de Paris pour protester contre le couvre-feu auquel ils étaient soumis. Depuis les années 80, on commence à mieux connaître la suite: 11.000 arrestations, des centaines d’expulsions, de plaintes classées sans suite, et plus d'une centaine de morts (certains manifestants seront  jetés à la Seine après avoir été tabassés).
Mêlant témoignages et photos - notamment celles d'Élie Kagan, photographe présent cette nuit-là -  "Octobre à Paris" donne à voir la vie des immigrés algériens dans les bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers, montre le centre de torture du 28 rue de la Goutte d'or, reconstitue la préparation et le déroulement de la manifestation.
Interdit dès sa sortie, le film a été condamné à la clandestinité: les projections lors de séances privées ou semi-publiques ont systématiquement subi l’intervention de la police, qui cherchait à confisquer les bobines. Brièvement présenté à Paris en mai 1968, en alternance avec La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, le film de Jacques Panijel ne recevra son visa d’exploitation qu’en 1973, suite à la grève de la faim du cinéaste René Vautier (Afrique 50, Avoir 20 ans dans les Aurès) qui exigeait "la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques". Autorisé, le film restera pourtant au placard, Panigel souhaitant "tourner un codicille qui détermine exactement que la répression du 17 octobre est l’archétype du « crime d’Etat »". link
Le réalisateur étant décédé le 12 septembre 2010 à Paris, sans pouvoir rajouter cette "préface", c'est Mehdi Lallaoui, auteur d'un documentaire consacré aux évènements du 17 octobre 1961 (Le Silence du fleuve, 1991), qui a réalisé l’introduction du film: «Un avant-propos de 15 minutes pour expliquer le contexte de l’époque, remettre en perspective la guerre d’Algérie et ce déchaînement de haine raciste qui s’est abattu sur les manifestants.» (Les Inrocks, 17-06-2011)
Avec la réapparition de ce film invisible, le travail de la mémoire collective sur le 17 octobre 1961 se poursuit et franchit un nouveau seuil. Vers une reconnaissance officielle du crime par l'État ?  link

Né en 1921, ancien résistant, biologiste et chercheur au CNRS, fondateur avec Pierre Vidal-Naquet et Laurent Schwartz du Comité Maurice Audin, signataire en 1960 du Manifeste des 121 (déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d'Algérie), Jacques Panijel est l'auteur de La Rage, roman sur la Résistance publié en 1948 aux éditions de Minuit. Il a cosigné avec Maurice Clavel, Les Albigeois, pièce de théâtre  mise en scène à Nimes en 1955 par Raymond Hermantier. Il est avec Jean-Paul Sassy le co-scénariste de  La Peau et les os, prix Jean-Vigo 1961.
Autour de la photo d'illustration, faite en novembre 1961 par Jean Texier, lire de Vincent Lemire et Yann Potin  "Ici on noie les Algériens". Fabriques documentaires, avatars politiques et mémoires partagées d'une icône militante (1961-2001)  link

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