19 décembre 1910: Nativité de Jean Genet, délinquant multirécidiviste irrécupérable

Publié le

Livres Jean Genet
Il y a cent ans, naissait à Paris Jean Genet, d'un père non dénommé et d'une mère célibataire et sans ressources qui, onze mois plus tard, l'abandonne à l'Assistance publique. Elle mourra en 1919 de la grippe espagnole. Enfant placé, il commence à 9 ans  ses premiers larcins (gommes, crayons, dictionnaire...), trahissant la confiance des personnes qui l'accueillent. En 1924, le directeur de son école note l' "aspect efféminé"  et la "mentalité douteuse de cet cet enfant abusé par la lecture de romans d'aventure". En 1926, à la suite d'une série de fugues, "le pupille pervers" est incarcéré trois mois dans une cellule d'isolement  à la prison de la Petite-Roquette puis, suite à une nouvelle condamnation - il voyageait sans billet dans le train Paris-Meaux - est confié jusqu'à sa majorité  au "patronnage de redressement" de la colonie agricole et pénitenciaire de Mettray.
En 1929, devançant l'appel, il quitte ce "bagne d'enfants" pour s'engager dans l'armée. Il "verra  du pays" (Syrie, Maroc), volant, mendiant, se prostituant entre deux engagements militaires. Il déserte en 1936 pour  vagabonder  à travers l'Europe (Italie, Albanie, Yougoslavie, Autriche, Pologne, Allemagne...), se faisant expulser partout.
De retour en France, en 1937, il est condamné pour vol de mouchoirs, puis pour vol de manuscrits autographes. Entre 1938 et 1941, Genet est arrêté huit fois pour vagabondage (défaut de possession du carnet anthropométrique) et vols (de livres, coupons d'étoffes, bouteilles d'apéritif...) et totalise sept cents jours d'incarcération. En 1942, à la prison de Fresnes, il compose Le Condamné à mort, qu'il fait imprimer à ses frais par un faussaire. Suite à de nouvelles condamnations pour vols de livres, le délinquant récidiviste et sans domicile fixe risque la relégation et la déportation. Il est sauvé in extremis, le 14 mars 1944, veille de son départ en camp de concentration, suite aux interventions  de Jean Cocteau et Marc Barbezat.
Entre 1942 et 1949, à l'exception du Miracle de la rose (L'Arbalète,1946), quatre de ses cinq livres, scandaleux et pornographiques, sont publiés sans nom d'éditeur et circulent sous le manteau: Notre-Dame-des-Fleurs (aux dépens d'un amateur, Monte-Carlo, 1944), Pompes funèbres (À Bikini, aux dépens de quelques amateurs, MCMXLVII), Querelle de Brest (1947), Journal du voleur (aux dépens d'un ami, 1949). En 1951, lorsque la maison d'édition Gallimard entame la publication des oeuvres complètes de Genet, elle lui demande d'expurger lui-même ses textes. Ce qu'il fait.
En 1947, Louis Jouvet crée sa pièce Les Bonnes : l'intrigue est inspirée par le crime des soeurs domestiques Papin qui, au Mans, en 1930, avaient assassiné leur patronne et sa fille.
En 1948, sa pièce radiophonique L'Enfant criminel est interdite de diffusion sur les ondes françaises.
En 1955, il rencontre Abdallah Bentaga-Friedhelin, artiste de cirque germano-algérien,  à qui il dédiera  sa pièce Les Nègres, et qui lui inspirera son texte Le funambule. Il concevra pour son amant un numéro de funambule.
En 1957, la police anglaise lui interdit d'assister à la première  à Londres de sa pièce Le Balcon, mise en scène par Peter Zadek: la veille, il avait exigé l'annullation du spectacle pour "assassinat" de la pièce.
En 1966, la création de sa pièce Les Paravents à L'Odéon-Théâtre de France, dans la mise en scène de Roger Blin, déclenche de  violentes manifestations organisées par le "Comité de liaison des anciens combattants 14-18, 39-45, d'Indochine et d'Algérie". Parmi les défenseurs de l'honneur de l'armée française, on peut noter la présence de Jean-Marie Le Pen, ex-député du 5ème et président du Cercle du Panthéon ainsi que celle d'Alain Madelin, Patrice Gelinet du groupuscule d'extrême-droite Occident.
En 1968, Genet prend la défense de Cohn-Bendit dans Le Nouvel Observateur, participe à Chicago à des manifestations contre la guerre du Vietnam.
En 1969, il participe avec Foucault, Sartre, Duras, à la défense des conditions de vie des immigrés maghrébins en France.
En 1970, il  entre  sans visa aux États-Unis à l'invitation des Black Panthers.  La même année, suite à un voyage en Jordanie et au Liban, il rencontre  Yasser Arafat. En 1972,  considéré comme un agitateur, il est expulsé de Jordanie.
En 1977 (2-9), Le Monde publie en première page son article intitulé "Violence et et brutalité"  dans lequel il justifie l'action de la Fraction Armée Rouge (Andreas Baader, Ulrike Meinhof...).
En septembre 1982, il est l'un des premiers témoins des massacres de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth.
Il meurt à ParIs le 15 avril 1986. Il est enterré au Maroc, dans le cimetière de Larache. En mai de la même année, paraît sa dernière oeuvre, Un captif amoureux.

Commenter cet article