20 octobre 2011: L'administration pénitentiaire interdit de télévision un film et le tolère pour les festivals

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Déménagement - C. Rechard

 

Depuis  mars 2011, la situation est bloquée. Malgré une lettre ouverte au garde des Sceaux et au ministre de la Culture signée par des dizaines de professionnels, les projections suivies de débats, organisées par la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) ou l'Association de la presse judiciaire,  "Le Déménagement ", documentaire de Catherine Rechard n'a toujours pas été diffusé par France 3 - Bretagne, même pas un samedi après-midi  à 17h.
D'une durée de 54 minutes, le film a été coproduit par Candela, France Télévisions, TVR Bretagne, avec le soutien de la Région Bretagne, de  la Procirep-Angoa et du Centre National du Cinéma. Il raconte le déménagement, début 2010, des prisonniers de la vieille maison d'arrêt Jacques-Cartier, à Rennes, vers le nouveau centre de détention de Vezin situé en périphérie de la ville. Tous les détenus interrogés avaient accepté d'être filmés et d'apparaître à visage découvert dans le documentaire. L'administration pénitentiaire refuse toujours que le film soit diffusé ainsi, et demande que les visages des détenus soient floutés. Elle s'appuie sur  l'article 41 de la loi du 24 novembre 2009:
"Les personnes détenues doivent consentir par écrit à la diffusion ou à l'utilisation de leur image ou de leur voix lorsque cette diffusion ou cette utilisation est de nature à permettre leur identification.
L'administration pénitentiaire peut s'opposer à la diffusion ou à l'utilisation de l'image ou de la voix d'une personne condamnée, dès lors que cette diffusion ou cette utilisation est de nature à permettre son identification et que cette restriction s'avère nécessaire à la sauvegarde de l'ordre public, à la prévention des infractions, à la protection des droits des victimes ou de ceux des tiers ainsi qu'à la réinsertion de la personne concernée. Pour les prévenus, la diffusion et l'utilisation de leur image ou de leur voix sont autorisées par l'autorité judiciaire." link
 
La réalisatrice et France 3  s'opposant au floutage, la diffusion du film à la télévision est  bloquée. Elle n’est autorisée que dans le cadre de festivals et de projections privées. On pourra voir ainsi "Le Déménagement"  en Bretagne, dans le cadre du Mois du film documentaire, du 15 au 19 novembre (Guer, Peillac, Questembert, Arradon, Quimper)...

Récemment, suite à une projection du film à la Maison du Barreau de Paris, le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade, oscarisé en 2002 pour son film "Un coupable idéal" tourné aux États-Unis, rappelait que deux de ses documentaires filmés en France avaient été diffusés par Canal+, alors que les visages des détenus n'étaient pas floutés. La chaîne privée avait eu le courage d'affronter des poursuites judiciaires de la part du ministère. Le ministère n'avait pas poursuivi. La même situation s'est reproduite avec «À l’ombre de la République», film de Stéphane Mercurio. France 3, dont l'État est actionnaire, passera t-il outre la menace?  (Rue 89 - Le Monde, 17-10-2011)
Site du film : link

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