21 avril 2011: Deux oeuvres d'Andres Serrano vandalisées  (Avignon)

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Dimanche 17 avril 2011, "Dimanche des Rameaux", peu après l'ouverture de la collection Lambert, un groupe de quatre visiteurs a quasiment détruit une oeuvre d'Andres Serrano (Piss Christ, 1987) et gravement détérioré un autre cibachrome (Soeur Jeanne-Myriam), à coups de marteau et de tournevis.
Cet acte de vandalisme iconoclaste intervient après quinze jours de "montée des tensions" à laquelle ont contribué, par leurs prises de position, divers protagonistes  : l'Institut Civitas à l'origine d'une pétition demandant le retrait de l'oeuvre, l'archevêque d'Avignon Jean-Pierre Cattenoz, l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif), des membres du Front national, des députés UMP... (Libération, 18-04-2011). La veille, 16 avril, une manifestation lancée par l'Institut Civitas,  appuyé par plusieurs associations et sites catholiques (Catholiques en campagne, E-deo, Salon beige, Observatoire de la christianophobie...) avait réuni  entre 800 et 1.000 personnes, rue Violette, devant l'entrée du centre d'art.

Dimanche soir, après les coups de marteau, Frédéric Mitterrand, ministre de la culture s'exprimait dans un communiqué et condamnait une "atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces oeuvres relevant pleinement de la liberté de création et d'expression qui s'inscrit dans le cadre de la loi", tout en reconnaissant que "l'une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics".

Le même soir, l'Observatoire de la liberté de création déclarait : "C’est au public de juger les œuvres, pas aux censeurs autoproclamés."

Lundi 18 avril, la collection Lambert recevait par téléphone des menaces de mort visant le personnel du musée. Éric Mézil, directeur de la collection déclarait dans Le Monde: "Je crois que nous assistons à une libération de la parole venue du plus haut niveau. Claude Guéant évoque les croisades, Nicolas Sarkozy en visite au Puy-en-Velay appelle à "assumer l'héritage chrétien de la France"... À force de souffler sur les braises, on attise le feu."

Mardi 19 avril, le musée ouvrait sous protection policière et présentait les deux oeuvres vandalisées. Le même jour dans La Croix, Dominique Greiner écrivait: "Le message de l'Évangile ne demande pas aux chrétiens de s'attaquer aux œuvres clouées sur les murs des musées, mais au véritable scandale que sont des hommes et des femmes vivant aujourd'hui, parfois à notre porte, dans des conditions indécentes, pour extirper les clous de la pauvreté, de l'humiliation... L'indignation devant le Piss Christ n'a de sens que si elle s'accompagne d'un engagement en faveur de la justice et de la paix. En témoins du «Peace Christ», du «Christ paix»."

Mercredi 20 avril, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules, déclarait que l’exposition de  la photographie controversée est « une offense, une blessure profonde » et demandait son retrait (Le Républicain lorrain, 20-04-2011).  À 17h,  le TGI d'Avignon rendait son verdict et jugeait que le maintien de la photo "Piss Christ"  ne constituait aucune "offense publique". Il  déboutait l'Agrif qui avait demandé le retrait de l'image controversée de tous les documents de communication - affiches, brochures - et notamment  du site de la collection Lambert. Il la condamnait à verser 5.000 euros à la collection Lambert en raison du préjudice constitué par la procédure et à payer les dépens du procès d’un montant de 3 000 euros.

Une enquête policière est en cours : seul l’un des participants à la destruction aurait été reconnu sur des photos prises au cours de la manifestation du 16 avril à Avignon (La Provence, 19-04-2011)
 
Autour de "Piss Christ"  link  et du  vandalisme  religieux:  link

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