28 août 2010 : Confidentialité, cryptage, censure et sécurité nationale (Arabie Saoudite)

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L'Arabie saoudite, État classé par The Economist au 7ème rang du classement mondial des dictatures, et Research In Motion (RIM), le fabriquant canadien des téléphones BlackBerry, sont parvenus à un accord (Le Monde, 7 août 2010). Après que l'Arabie saoudite ait ordonné aux opérateurs du pays de bloquer les courriels et messageries instantanées des BlackBerry célèbres pour leur système de cryptage garantissant une confidentialité totale des échanges, RIM a fait une concession et accepté d'installer un serveur sur le sol saoudien. Jusqu'alors, les messages transitaient par des centres de données situés à l'étranger (Canada, États-Unis, Grande-Bretagne), ce qui rendait impossible l'accès au contenu des messages pour les autorités saoudiennes. Suite à ce compromis, la police saoudienne, n'ayant toujours pas accès aux codes, ne pourra  toujours pas surveiller en temps réel les communications échangées mais pourra demander à y accéder a posteriori, sur réquisition judiciaire.
Les téléphones de RIM, très populaires en Arabie saoudite, permettent à 700 000 utilisateurs de contourner la censure et d'accéder à environ 400 000 sites, pornographiques ou politiques, bloqués par le gouvernement saoudien. La messagerie du BlackBerry permet également aux Saoudiens de discuter sans risques avec des membres du sexe opposé - ce que la loi religieuse en vigueur interdit.
Plusieurs autres pays, dont les Émirats arabes unis, l'Inde, ont également demandé l'installation de serveurs de BlackBerry sur leur sol. La Chine et la Russie se sont déjà vu offrir cette concession (France 24). Après l'épisode où l'on a vu Google faire marche arrière et céder aux exigences des censeurs chinois pour obtenir le renouvellement de sa licence, la frontière entre censure et sécurité nationale apparaît de plus en plus ténue...  et la liberté d'expression de plus en plus menacée.

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