23  janvier 2011: La Ville de Marseille interdit la première journée du colloque Jean Genet à Luminy

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Co-organisé par l'École supérieure des Beaux-Arts de Marseille (ESBAM), située sur le campus de Luminy, et le Centre international de poésie de Marseille (CIPM), ce colloque (20-21 janvier) fait partie des manifestations marquant le centenaire de la naissance de Jean Genet, "délinquant muitirécidiviste irrécupérable" (Voir Observatoire de la censure, 19 décembre 1910: Nativité de Jean Genet). Y participaient: Albert Dichy, directeur littéraire de l'IMEC (Institut pour la Mémoire de l'Édition Contemporaine), spécialiste incontesté de l'oeuvre de Genet et responsable avec Michel Corvin de l'édition de ses oeuvres complètes dans La Pléiade; l'écrivain et poète René de Ceccatty; l'artiste Didier Morin, qui présentait un film rare de Genet ("Un chant d'amour", 26', 1950); Leïla Shahid, proche amie de Jean Genet, présente à ses côtés à deux moments importants, à Beyrouth en  septembre 1982,  lorsque Genet découvre les massacres de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila et lors de la mort de Genet (15 avril 1986), à Paris dans un hôtel, suivie de son enterrement à Larache (Maroc).

C'est la présence de cette dernière invitée qui a motivé la décision de la Ville de Marseille. Dans un courrier, envoyé trois jours avant le début du colloque, elle déclare annuler la manifestation en raison de "l'impossibilité d'assurer, dans des conditions optimales, la sécurité d'une personne éminente mais également de l’ensemble des étudiants et du personnel de l’école". Aussitôt Michel Vauzelle, président de la région PACA , proposait un lieu de repli : la Maison de la Région, 61 bd de la Canebière. Le colloque s'y est déroulé, sans incident, de 10h à 17h, avant de se poursuivre le lendemain au CIPM, dans la Vieille Charité.

Nouvel accroc à Marseille, future capitale européenne de la culture en 2013, dans une liste qui s'allonge et se diversifie: interdiction du concert du groupe Maghreb United (décembre 2009); autodafé de Zarafa, sculpture de 3 000 livres de Jean-Michel Rubio (Observatoire de la censure, 8 juin 2010); annulation des représentations au Gymnase du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare par le Théâtre national algérien, faute de visas (29 août); décision de Bruno Gilles, maire des 4ème et 5ème arrondissements, d'annuler la journée du samedi 25 septembre du  4ème Festival Préavis de désordre urbain et de pas verser la subvention (3.000 €) accordée à l'association Redplexus, organisatrice de la manifestation artistique (29 septembre 2010); déprogrammation du concert du groupe Sexion d'assaut (26 octobre);  double condamnation de la ville de Marseille, par la HALDE le 13 octobre 2010 pour "atteinte à l’effectivité de la liberté de réunion et au principe de non-discrimination" et, le 14 décembre 2010, par le Tribunal administratif de Marseille, pour avoir refusé à ATTAC l'accés à la Cité des Associations link ;  suspension par le Conseil général, pour non-respect du devoir de réserve, d'un fonctionnaire qui avait lancé un site WikiLeaks 13 afin de "dénoncer ce qui est mal, ce qui est faux, contraire à l'intérêt" de Marseille et de ses habitants (5 janvier 2011) ...

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