23 juin 2010: Mort de José Saramago, prix Nobel de littérature et empêcheur de penser en rond

Publié le

José Saramago

Le romancier, auteur de théâtre et essayiste portugais, prix Nobel de littérature en 1998, est décédé le 18 juin 2010  à Lanzarote (Espagne). Il s'était "exilé" sur cette île des Canaries, en 1993, suite à la censure, en 1992, de son roman L'Évangile selon Jésus-Christ, accusé par l'État portugais de "porter atteinte au patrimoine religieux des Portugais". L'Église catholique n'avait pas particulièrement apprécié le passage où Jésus fait l'amour avec Marie-Madeleine; ni celui où Joseph se suicide, rongé par la culpabilité de ne pas avoir prévenu ses voisins et entraîné le Massacre des Innocents.
Fidèle à ses origines - ses grands-parents étaient de pauvres paysans analphabètes - l'auteur de L’Année de la mort de Ricardo Reis, Histoire du Siège de Lisbonne, L'aveuglement, Les intermittences de la mort,  avait placé  sa vie sous le signe de  l'engagement et de la polémique. Né en 1922, communiste depuis 1969, il avait pris part à la "révolution des œillets" du 25 avril 1974 qui mit fin à la dictature salazariste. Il avait exprimé sa défiance face à la construction européenne, dont il déplorait les dérives libérales. Engagé dans le mouvement altermondialiste, il était l'un des signataires du Manifeste de Porto Alegre.
Il était devenu un défenseur de la cause palestinienne, suite à un voyage en Cisjordanie, en mars 2002, à l’invitation du poète palestinien Mahmoud Darwich, en compagnie d'autres poètes et romanciers dont le Nigérian Wole Soyinka (prix Nobel de littérature), le Sud-africain Breyten Breytenbach, l’Espagnol Juan Goytisolo, le Français Christian Salmon, l'Américain Russell Banks. Après avoir visité Ramallah, Gaza, bouleversé à la vue des destructions et de la détresse des habitants, il avait commenté la situation des territoires occupés en déclarant notamment : "Ce qu'il faut faire, c'est sonner le tocsin, partout dans le monde, pour dire que ce qui arrive en Palestine est un crime que nous pouvons stopper. Nous pouvons le comparer à ce qui est arrivé à Auschwitz." Un peu plus tard, il avait précisé à l'agence portugaise Lusa : "La répression israélienne est la forme la plus perverse de l'apartheid  (...) Personne n'a idée de ce qui se passe ici, aussi bien informé que l'on soit. Tout est rasé par les bulldozers. Les villages palestiniens ont été détruits et on n'y cultive plus rien".  En réaction, les libraires israéliens avaient appelé au boycott de ses livres très largement diffusés dans le pays. Suite à ce voyage et aux prises de position des auteurs, les financements du Parlement International des écrivains et de sa revue en huit langues, Autodafé, avaient été retirés, entraînant progressivement leur  disparition.
Le dernier livre de Saramago, "Le Cahier", recueil de chroniques écrites sur son blog de septembre 2008 à mars 2009, avait été  refusé en Italie par Einaudi, éditeur habituel de l'auteur, mais devenu propriété de Berlusconi, parce qu'on pouvait y lire:  "Au pays de la Mafia et de la Camorra, quelle importance peut avoir le fait, pourtant avéré, que le premier ministre soit un délinquant". En France, il vient d'être publié aux éditions du Cherche-Midi. link

 

La lucidité

Commenter cet article