22 septembre 2011: Le retour de "la petite fadette" ou de l'espionnage des journalistes (Paris)

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Cardon - La petite Fadette

 

Cardon, in  Le Canard enchaîné, 07-09-2011

 

Interrogé à propos des soupçons de surveillance policière de la presse dans l'affaire Bettencourt-Woerth, le président de la République déclarait le 16 novembre 2010, lors d'un entretien télévisé: "Quel est l'intérêt pour un homme  doté d'un bon sens minimum d'avoir cette idée étrange de faire écouter un journaliste qui écrit tous les jours dans la presse (...) Jamais,  à aucun moment et d'aucune façon, je me préoccupe  de près ou de loin des téléphones des lieux et des rencontres des  journalistes français, étrangers, européens."  link 

Quelques jours auparavant, Le Monde avait porté plainte pour violation du secret des sources après une enquête de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) visant  à identifier  la  ou les sources d'un journaliste du quotidien. Le Canard Enchaîné avait de son côté soutenu que le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, pilotait des opérations illégales de surveillance des journalistes, tandis que Mediapart avait porté des accusations similaires contre le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant. Bernard Squarcini et Claude Guéant avaient porté plainte pour diffamation, respectivement contre l'hebdomadaire satirique et le site d'informations. Interrogé pour savoir s'il estimait possible que des services de police aient pu violer la loi, Nicolas Sarkozy avait répondu: "Non. Je ne l'imagine pas, je ne le crois pas et de surcroît, cela ne servirait à rien parce que tout se sait et parce que ce qu'un journaliste pense, il l'écrit." (AFP, 16-11-2010)
Presque un an après la révélation de cette affaire (13-09-2010), Le Monde  (01-09-2011) rapportait que la juge Sylvie Zimmermann avait la preuve que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) avait effectué auprès de l'opérateur téléphonique Orange une recherche des facturations détaillées (fadettes) d'appels téléphoniques passés par son journaliste Gérard Davet entre le 12 et le 16  juillet 2010, pour identifier ses sources dans l'affaire Bettencourt. Dès le 19 juillet 2010,  le contre-espionnage français  possédait "le numéro de tous les correspondants du journaliste, l'heure de tous ses appels entrants et sortants et leur géolocalisation. (...)  Les données désormais en possession de la juge contredisent donc clairement la thèse que le pouvoir n'a cessé d'affirmer sans cette affaire. Elles montrent que les autorités se sont d'abord procurées des informations confidentielles sur un journaliste avant de s'intéresser à sa source éventuelle. "
Le ministre de l'Intérieur a admis que des fadettes du journaliste du Monde, co-auteur de l'ouvrage Sarko m'a tuer, avaient été consultées par les services du renseignement français. Il a réfuté le terme «d'écoute» et reconnu  des «repérages de communications téléphoniques». (Le Figaro, 01-09-2011). Huit jours plus tard, sur France Info, Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, endossait la responsabilité de l'affaire: c'est lui qui aurait donné l'ordre à ses subordonnés de demander aux opérateurs téléphoniques les factures détaillées du journaliste Gérard Davet puis celles de David Sénat, conseiller de Michèle Alliot-Marie. (Le Canard enchaîné, 21-09-2011)
Selon la loi du 04 janvier 2010, aucune autorité ne peut «porter atteinte au secret des sources», sauf si un juge décide qu' un «impératif prépondérant d'intérêt public» le justifie.

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