25 février 2011: Livres interdits, propagande, fausse bibliothèque... la lecture selon Ben Ali (Tunisie)

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Tunisie - Livres interdits

 

Suite à l'annonce de la fin de la censure en Tunisie (Voir Observatoire de la censure, 21 janvier 2010), Chloé Leprince publie dans Rue 89 (17-02-2011) une liste de livres francophones "interdits de fait"  par le régime de Ben Ali, liste qui lui a été communiquée par Faouzi Daldoul, responsable de la librairie Clairefontaine à Tunis.
Dans cet inventaire hétéroclite et non-exhaustif, on trouve aussi bien des livres comme Al-Qaida dans le texte de Gilles Kepel (PUF),  Le rapport de la CIA d'Alexandre Adler (Pocket), Penseur libre en Islam de Mohammed Talbi (Albin Michel) que le Guide bleu de la Tunisie (Hachette) ou La République, les religions, l'espérance  de Nicolas Sarkosy (Cerf).
Dans son article, elle note que le livre demeure un objet de consommation de luxe: vendu au même prix qu'en France, à raison d'au moins quinze euros la nouveauté, il est "l'apanage d'une élite"  qui lit le français.
Elle rappelle un rapport de l'ONU, datant de 2003, qui établissait que les habitants des pays arabes n'avaient pas davantage accès aux traductions de livres en langue étrangère que les Chinois, que le nombre total d'ouvrages traduits en arabe ne dépassait pas un cinquième du nombre de livres étrangers traduits en grec. 
Symptomatiquement, La Régente de Carthage de Nicolas Beau et Catherine Graciet (La Découverte) n'est toujours pas disponible en arabe. Pour voir l'article sur Rue 89 et télécharger la liste des livres interdits:  link

A.Sfeir

Le 18 février 2011, dans Le Monde, Florence Beaugé  revient sur "l'atmosphère de tranquille connivence" imprégnant depuis des années  les élites franco-tunisiennes. "À droite comme à gauche, beaucoup doivent redouter l'ouverture, ces jours-ci, des archives de l'Agence tunisienne de communication extérieure, pivot central du réseau de propagande mis en place par Ben Ali, à l'intérieur comme à l'extérieur de la Tunisie", déclare-t-elle. Par l'intermédiaire de l'agence de communication française Image 7, l'ATCE organisait des colloques à Sidi Bou Saïd, Hammamet, Monastir où les intervenants étrangers étaient invités tous frais payés.
L'ATCE  distribuait  aussi  aux journaux la publicité des entreprises publiques tunisiennes, en fonction de leur allégeance au régime. Dans son article, Forence Beaugé présente  certains chantres de la "désinformation" qui vantaient les charmes du pays du jasmin. Elle cite Antoine Sfeir, journaliste à La Croix, au Figaro, qui pendant des années a loué "l'exception tunisienne". Celui-ci reconnaît aujourd'hui s'être "lourdement trompé". Pendant des années, ses livres ou les numéros spéciaux des Cahiers de l'Orient - revue qu'il dirige - "ont été achetés massivement par l'ATCE".
Le cas de l'hebdomadaire Jeune Afrique est plus complexe que celui de Tunisie Plus, le magazine trimestriel distribué gratuitement par Le Figaro à ses abonnés. Suite aux critiques dénonçant  "les innombrables publi-reportages" ou aux reproches l'accusant de n'avoir pas dit toute la vérité, Jeune Afrique reconnaît  avoir "diffusé des pages de publicité commerciale dont le pourvoyeur unique et obligé était l’Agence tunisienne de communication extérieure".  La rédaction rappelle aussi que le pouvoir alternait la carotte et le bâton de la censure. Sous le coup de  l’autorisation administrative préalable à la mise en vente, indique-t-elle, "seules dix livraisons sur quarante-neuf ont ainsi pu être diffusées dans des délais normaux en 2010" . link

 

Charlie Hebdo - Office national du Tourisme tunisien

 

Dans son numéro du 23 février 2011, Charlie Hebdo va plus loin dans l'enquête et titre "La presse française achetée par Ben Ali". À l'appui, de cette assertion, Laurent Léger publie la copie d'un contrat entre l'Office nationale du tourisme tunisien et l'agence française TBWA (ci-dessus). Dotée d'un budget de 790.000 euros, l'agence de publicité aurait acheté en 2010 des pages vantant "la douceur de vivre en Tunisie" dans L'Express, Le Nouvel Obs, L'Équipe, Le Figaro, Paris Match, Télérama, Elle. Selon les hebdomadaires, les sommes consacrées varient de 55.000 à 88.000 euros .

 

Fausse bibliothèque de Ben Ali

 

Dimanche 20 février, la télévision tunisienne diffusait  les images d'un reportage réalisé dans une demeure de Ben Ali "Baba" à Sidi Bou Saïd. Derrière les rangées de faux livres d'une bibliothèque était dissimulée une armoire/coffre-fort contenant des liasses de billets et de la joaillerie. Selon la Commission d'investigation sur la corruption et la malversation, la somme d'argent liquide découverte  s'élèverait à 21 millions d'euros. L'estimation des bijoux sera plus longue a-t-elle précisé, car "il y en a pour des fortunes..." (Nouvel Obs, 21-02-2011)

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