25 septembre 2011: Luxe, volupté et collaboration (Paris)

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Géo Histoire - Vuitton - Bonvicini

 

Comme le signale Le Canard enchaîné (14-09-2011), un article de cinq pages a été supprimé au dernier moment dans le numéro de septembre du magazine Géo Histoire sur "La France sous l'Occupation". Intitulé "Quand guerre rimait avec affaires", l'article revenait en dix exemples sur "les profits des années noires".

Parmi les entreprises françaises et les dirigeants pas trop regardants avec l'occupant allemand ou le régime de Pétain étaient cités le franco-allemand Francolor (fournisseur du gaz Zyklon B), Henri Ardant (PDG de la Société Générale, partisan d'une monnaie commune européenne), Marcel Boussac (roi du textile, membre du Conseil national de Vichy), le fabricant de camions Marius Berliet, Radio Monte-Carlo (fondée en1942 avec des capitaux allemands, français et italiens), Louis Renault (photographié au côté d'Hitler et de Goering, en 1937, au Salon de l'auto à Berlin)...
Dans cette élite de la collaboration, le premier exemple donné dans l'article censuré  était celui de Henry Vuitton, "un industriel fêté par les SS et la Wehrmacht" "Lorsque Philippe Pétain installe son gouvernement dans les murs de l'hôtel du parc, à Vichy, toutes les enseignes de luxe qui, comme les joailliers Van Cleef & Arpels, y tiennent boutique, en sont chassées. Toutes, sauf une : le bagagiste Vuitton. La maison, fondée en 1854 par Louis Vuitton et mise à la mode par l'impératrice Eugénie (l'épouse de Napoléon III), est, en 1940, dirigée par son petit-fils Gaston. Ce dernier demande à son frère aîné Henry d'afficher de façon claire sa fidélité au nouveau régime afin d'assurer la pérennité de la marque. La maison Vuitton va ainsi fabriquer, dans des ateliers expressément constitués à cette fin, des objets à la gloire du maréchal Pétain et notamment 2.500 bustes officiels. Henry Vuitton entretient par ailleurs de fortes amitiés avec les officiers de la Gestapo. Il est même l'un des rares industriels à être décoré par les nazis, en remerciement de sa loyauté. Une cérémonie durant laquelle les officiers de la SS et de la Wehrmacht arborent des uniformes dessinés par un tailleur de Metzingen, un certain Hugo Boss, et confectionnés par des déportés et des travailleurs du STO". Informations vérifiées - que l'on peut retrouver dans  le livre de Stéphanie Bonvicini "Louis Vuitton, une saga française" publié par Fayard en 2004 - mais qui n'ont pas plu à la régie publicitaire de Prisma Presse, propriétaire de Géo Histoire, Femme actuelle, Gala, Voici... La marque Louis Vuitton est actuellement la propriété du groupe LVMH, dirigé par Bernard Arnault,  il n'était pas question de prendre le risque de déplaire à l'un des plus gros annonceurs de Prisma Presse, l'article est passé à la trappe.
Furieux, les journalistes ont envoyé une lettre de protestation au comité éthique de Gruner+Jahr, premier groupe européen de presse avec 500 magazines et quotidiens dans 30 pays, dont Prisma Presse est la filiale française.

"Soixante ans après, il est toujours difficile de parler de collaboration, surtout si des enjeux économiques sont à la clé",  note Arrêt sur images (14-09-2011), qui rappelle le passé collaborationniste et antisémite de Mademoiselle Coco Chanel, soigneusement passé sous silence dans deux récents films comme dans de nombreuses biographies. link

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