29 juin 2011: Expérimenter la censure en CM1-CM2 (Blois)

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Cinq cents élèves de CM1-CM2 de la ville de Blois ont pu découvrir ce qu'est la censure, au cours de l'année scolaire 2010-2011.
Dès la rentrée, 15 écoles de la ville et de son agglomération, en liaison avec le Conservatoire à rayonnement départemental de musique de Blois s'étaient attelées, comme chaque année depuis 10 ans,  à un projet musical : monter un opéra.
Le choix, validé par l'Éducation nationale, s'était porté cette année sur  "Le médaillon brisé", une oeuvre de Louis Denoyer de Segonzac (pour la musique) et de Jean-Marie Lecoq (pour le livret), créée en 1998 dans le cadre du CREA d'Aulnay-sous-Bois et déjà jouée une cinquantaine de fois.
En février, La Nouvelle République - se faisant l'écho d'une lettre d'un parent d'élève envoyée au ministre de l'Éducation nationale et au président de la République - déclenchait une polémique. Un père se disait inquiet  par  "la baisse du niveau d'éducation des enfants" et en donnait pour exemple les paroles des "lutins crétins", chanson d'une durée de 1'23 faisant partie de l'opéra "Le Médaillon brisé":
« Les lutins sont des crétins/Des idiots, des bons à rien/Des abrutis, des manches de pioche/Des têtes à claque, les nains très moches/Des faces de rat, des têtes de cruche/C'est des andouilles, c'est des baucruches.
Des imbéciles dégénérés/Et des débiles inadaptés/Des rabougris de la cervelle/Des mange-ta-soupe dans l'écuelle/Oui les lutins sont des crétins/Mais surtout ils sont, mais surtout ils sont...
Alors là non, ça c'est trop fort/On ne peut en entendre plus/Des caputorinocéphores/Et des malifantélépuces.
Des caputorinocéphores/Et des malifantélépuces/
Non, là on ne peut en entendre plus/Des caputorinocéphores /Et des  malifantélépuces/Des parallèlipocalores/Et des zigloupopotamus/Des astrakanibalophages/Et des manitoubicéphales.
Alors là non, ça c'est trop fort/On ne peut en entendre plus/Des astrakanibalophages/Et des manitoubicéphales/Des ventri potaérophages/Et des pétoradutroudbales ! »
Relevant  «fautes grammaticales, néologismes idiots et mots orduriers», le père  jugeait le texte proposé aux enfants «consternant».
Le 16 février 2011, Agnès Picot-Grandjean, inspectrice de l'académie du Loir-et-Cher, annonçait le "retrait" de la chanson, expliquant "qu'il pouvait y avoir un amalgame possible entre certaines paroles (imbéciles dégénérés, les débiles inadaptés) et les enfants en situation de handicap".
Malgré la mobilisation pendant un trimestre des enseignants, intervenants musique et parents d'élèves, contre ce qu'ils considèrent comme un acte de censure, décidé sans concertation et contre l'avis général, l'inspectrice n'est pas revenue sur sa décision. En avril, elle avait fait une proposition qui aurait pu permettre d'ouvrir la porte d'une sortie de crise sans se dédire. Elle avait soumis  un texte modifié, qui n'avait pas eu l'agrément des intervenants et de l'auteur: les lutins  "crétins''  devenaient  "vilains'' ; la partie pouvant être mise en parallèle avec une situation de handicap avait disparu purement et simplement comme l'onomatopée finale, les ''pétoradutroudbales'' (La Nouvelle République, 14-04-2011).
"Le Médaillon brisé" a été joué  jeudi 23 et vendredi 24 juin, à 18 h 30, à la Halle aux grains de Blois. Sans la chanson des "lutins crétins".
À l'issue de la première représentation, au moment des saluts, une vingtaine de parents d'élèves (dont une majorité de mamans)  est montée sur scène : ils "ont chanté le texte interdit par l'inspection d'académie. Et ont été salués par un tonnerre d'applaudissements et une standing ovation de toute la salle" enregistre France 3 (24-06-2011).

Dans un autre registre, le ministère de l'Éducation nationale a annoncé la fermeture de 1.500 écoles en France à la rentrée 2011.
De son côté, la FAO, organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, rappelle qu'un enfant meurt à cause de problèmes de malnutrition toutes les 6 secondes.

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