29 septembre 2010: Censure et contre-pouvoir autour du festival "Préavis de désordre urbain" (Marseille)

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Affiche préavis désordre urbain

Pour sa 4ème édition à Marseille, du 18 au 25 septembre 2010, le festival  Préavis de désordre urbain avait choisi de mettre "l'accent sur la notion de trouble de l'ordre public. La dérive sécuritaire de notre société est source d'une certaine forme d'inhibition des échanges entre citoyens dans l'espace public. La performance est un acte artistique parfois subversif, souvent poétique, qui se nourrit du contexte dans lequel elle se déroule, tout en le modifiant. Le festival invite à déroger, déborder, déranger, perturber mais aussi interroger, interpeller, proposer aux publics des expériences inattendues, décapantes, d'autres manières de vivre ensemble en milieu urbain."
Le scénario qui vient de se dérouler durant les trois derniers jours aura t-il surpris les organisateurs ou dépassé leur attente? Suite à une répétition publique, le 21 septembre, où des spectateurs avaient été décontenancés par  les apparitions "poétiques" dans l'espace public d'un homme portant une ramure de cerf, d'une femme quasi nue sous une une fourrure, d'un père Noël armé d'une mitraillette en plastique, de trois femmes s'allongeant sur les rails du tramway... Bruno Gilles, maire (UMP) des 4ème et 5ème arrondissements de Marseille (future capitale européenne de la culture en 2013) déclarait qu'il  annulait  le programme  de la journée du samedi  25 septembre du  4ème Festival Préavis de désordre urbain,  et qu'il ne verserait pas la subvention (3.000 €) accordée à l'association Redplexus, organisatrice de la manifestation artistique.
Le 23 septembre, jour de manifestation nationale contre la réforme des  retraites, le journal La Provence titrait en une:  "L'art met la rue sens dessus dessous" et consacrait  quasiment une page à ces "performers" "peu malins"  accusés d'avoir "semé la terreur", "créé la panique". Pas en panne d'outrance, Bruno Gilles reprochait aux artistes de rue d'avoir "mis le feu dans le quartier, un feu thermonucléaire". De son côte, un policier confiait qu'après avoir désarmé le Père Noël, son identité avait été contrôlée et que "l'arme" confisquée était vouée à "une destruction administrative". Éliane Zayan, conseillère municipale déléguée pour le cinéma et les arts de la rue, déclarait: "L'art doit  être associé à la liberté mais on doit néanmoins prendre des précautions." Le même jour, Direct Marseille titrait: "Le festival de rue trouble l'ordre - Désordre sans préavis".
Très vite une riposte s'organisait. Dès le 23, Patrick Mennucci, maire (PS) des 1er/7ème  arrondissements, vice-président du Conseil régional PACA, proposait d'accueillir le festival dans son secteur, sous réserve de l'accord de la ville. L'information était relayée le lendemain (vendredi 24) dans  La Provence et La Marseillaise qui précisait que le maire du 1/7 avait demandé aux artistes de "ne pas bloquer le tramway et de rendre drôle leur utilisation du pistolet à eau... Marseille 2013 nécessite une ouverture d'esprit dont certains sont encore loin."
Le programme du samedi de Préavis de désordre urbain  a donc finalement eu lieu, de 15h00 à 19h30, au Chapitre.  La nuit du vendredi au samedi  avait été marquée par une énigmatique et provocante performance: le long de la limite séparant les deux arrondissements voisins du 1er et 4ème, une quarantaine d'inscriptions (certaines de 2mx3) avec la mention PRÉAVIS DE DÉSORDRE URBAIN avaient été  bombées  sur des façades de maisons, des rideaux de fer, du mobilier urbain... Par qui?

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Photo Louis Alesandrini

 

Patrick Mennucci, maire du 1er arrondissement, a porté plainte pour ces dégradations; Christine Bouvier, directrice de Préavis de désordre urbain, a porté plainte pour cette utilisation du nom de son festival. ("Ces tags qui ont déplacé la police scientifique", La Provence - "Voix au Chapitre", La Marseillaise, 26 septembre 2010). Quant à Bruno Gilles, maire du 4/5, il poursuit dans sa volonté d'animer le quartier, de "créer des manifestations qui donnent aux gens l'occasion de se rencontrer":  il organise "le 9 octobre prochain un grand marché artisanal ".
Site de Red Plexus : link

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