3 juin 2010: Éliminer l'opposition, un nouveau cas de photo retouchée (Cannes)

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Auxilliaire de vérité, la photographie peut, inversement, être à l’origine de nombreux faux, plus ou moins graves, altérant le sens de l'image, visant à cacher ce que l'on ne veut pas donner à voir : maquillage effaçant les  bourrelets d'un président ou rendant invisible la bague coûteuse d'une ministre de la justice...
Sans remonter aux photos staliniennes, réécrivant l'histoire en faisant disparaître de l'image les ex-amis politiques après leur assassinat, les exemples d'individus éliminés des photos abondent récemment. Qu'on se rappelle (voir prix Tartuffe 9 avril 2009) la photo officielle du gouvernement de  Benjamin Netanyahu parue dans le journal Yated Ne’eman: deux femmes ministres, Limor Livnat et Sofa Landver, avaient disparu pour ne pas heurter les lecteurs de ce quotidien juif ultra-orthodoxe. Le 16 mai 2010, le Dominion Post publiait une photo du gouverneur de la Virginie-Occidentale signant une nouvelle loi durcissant les peines en cas de fuite du responsable de l'accident. On pouvait le voir entouré de  deux parents d'un jeune homme décédé dans ces circonstances : trois élus présents lors de la prise de photo avaient été évacués de l'image, probablement parce qu'ils étaient candidats aux prochaines élections. link
Parfois le bidonnage est vraiment grossier, comme dans le cas de l'image du président français, de son épouse et du pape, parue dans Paris Match (17 septembre 2009):  le photographe avait réussi à éliminer un garde du corps gênant, mais avait oublié d'effacer l'une de ses jambes. link

Le  retoucheur de la photographie parue dans Cannes Soleil, le journal municipal de la ville de Cannes, a certainement cru "bien faire". Comme le raconte Nice Matin (mercredi 2 juin 2010) "le  cliché original a été pris le 25 février à l'occasion de la remise de trois certifications de qualité au Palais des festivals. Tout le personnel avait alors été invité à poser sur les marches, autour des personnalités présentes, pour immortaliser ce grand moment". Pensant naïvement que personne ne s'en rendrait compte, le nettoyeur a supprimé trois personnes, dont deux élus de l'opposition, et a fait apparaître une autre personne au premier rang sur le cliché controversé.
"On n'était absolument pas au courant", s'étonne la rédaction de Cannes Soleil. "C'était une photo officielle qui nous a été transmise par le Palais." De son côté, le Palais des festivals aurait  déclaré : "Ça ne partait pas d'un mauvais sentiment. L'objectif était de ne conserver que les employés pour les mettre à l'honneur."
Bernard Brochand, député-maire UMP de Cannes, aura certainement matière à conversation avec sa collègue Valérie Boyer: la  députée UMP des Bouches-du-Rhône avait déposé le 15 septembre 2009, une proposition de loi visant à interdire les photos retouchées, ou tout au moins à obliger à ce que les retouches soient signalées, dans "un objectif de santé publique".

 

Cannes Soleil - Nice-Matin

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