Résistances Caen - Nadine Amouk

 

Yohann Leforestier comparaissait vendredi 30 septembre 2011, vers 13h30, dans la salle d'audience du tribunal de police de Caen, 11 rue Georges Lebret. Il y était jugé pour « avoir volontairement utilisé de manière dégradante le drapeau tricolore dans un lieu public, ouvert au public et de nature à troubler l’ordre public. »
L'artiste avait été interpellé à Caen,  le 15 juin 2011,  suite à un spectacle  politico-parodique donné en plein air, place du Théâtre, par la compagnie L'oreille arrachée. Costumé dans une burqa tricolore, il y  avait joué le rôle de Nadine Amouk, "porte-parole des musulmans, transsexuels et patriotes de France", deux autres comédiens assumant les rôles de  Michel Lambert, "candidat à la candidature du Parti du Candidat" et de Sarah Paline. Ce spectacle d'intervention était présenté en prologue à une manifestation contre la  baisse des subventions de l'État allouées aux associations travaillant dans le cadre de la politique de la ville et du Contrat urbain de cohésion sociale (CUCS).Toujours dans son costume, le comédien s'était joint à la manifestation, à l'issue de laquelle il avait été interpellé par des policiers de la BAC.

L'audience était doublement attendue.

C'est la première fois qu'un artiste est jugé depuis le décret du 21 juillet 2010 qui considère que "les oeuvres de l'esprit" ne sont plus exclues du champ d'application de la loi sur l'outrage au drapeau.
Ce jugement intervient aussi après la décision du Conseil d'État qui, le 19 juillet 2011, suite à un recours de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH),  a été amené à préciser le texte du décret et à en donner son interprétation. Le Conseil d'État considère que "le pouvoir réglementaire a entendu n'incriminer que les dégradations physiques ou symboliques du drapeau susceptibles d'entraîner des troubles graves à la tranquillité et à la sécurité publiques et commises dans la seule intention de détruire, abîmer ou avilir le drapeau; qu'ainsi ce texte n'a pas pour objet de réprimer les actes de cette nature qui reposeraient sur la volonté de communiquer, par cet acte, des idées politiques ou philosophiques ou feraient oeuvre de création artistique, sauf à ce que ce mode d'expression ne puisse, sous le contrôle du juge pénal, être regardé comme une oeuvre de l'esprit ". Pour beaucoup de juristes, cette interprétation est considérée comme "neutralisante" (Dalloz)"La nouvelle infraction d’outrage au drapeau s’arrête là où commence la liberté d'expression politique, philosophique et artistique"  résumait le CREDOF  (Actualités Droits-Libertés, 29-07-2011)

Pour le procureur François Lalès, "la démarche artistique n'est absolument pas palpable". Les idées qu'entend défendre M. Leforestier n'ont, pour le parquet, "rien à voir" ou n'ont qu'un "lien très lointain" avec la manifestation à laquelle il participait ce jour là, sur le thème des baisses de subventions aux associations. "Ce sont pas les idées de M. Leforestier qui sont jugées. Le tribunal n'est pas le lieu pour faire de la politique", a ajouté le représentant du ministère public. (Tendance Ouest, 30-9-2011). Il a réclamé une peine de 400 € d’amende avec sursis à l’encontre de Yohann Leforestier et demandé la confiscation de la burqa.
La décision du tribunal a été mise en délibéré au 25 novembre.


Le matin même, les élus du Conseil municipal de Caen (groupes socialiste, PRG – Citoyens à Caen, Europe, Ecologie Les Verts, PCF) avaient dénoncé une "situation choquante"  qui  constitue une "atteinte à la liberté de création. Pire encore, elle pose l’interdiction de l’emploi des symboles républicains au service de la construction d’imaginaires nouveaux. Or, les nations sont des tissus vivants. Leurs emblèmes appartiennent à tous. Delacroix s’en était saisi avec sa Liberté guidant le Peuple, drapée, seins nus, dans un drapeau. Beaucoup d’artistes ont travaillé sur ce thème. En sacralisant à l’extrême les attributs de la nation, on tue l’art, mais on tue aussi l’idée de la res publica (la chose publique), qui se désincarne au lieu de se partager. La culture est constitutive du vivre ensemble  (...) ".
Dans un communiqué, le Parti de gauche du Calvados avait réaffirmé "son attachement à la liberté de création des artistes et il condamne toutes les tentatives de répression qui menacent nos libertés fondamentales. Sans pouvoir toutes les énumérer, nous pouvons citer la volonté de limiter le droit à manifester et les menaces contre les syndicalistes comme ce fut le cas avec le responsable départemental de la FSU, l’interdiction de chanter certaines chansons de Brassens ou de reprendre les formules du chef de l’Etat « casse-toi pov’con »… En agissant ainsi, le pouvoir actuel tente de museler le mouvement social et plus globalement un peuple mutin."


Peu avant d'être accompagné en fanfare au tribunal,  Yohann Le Forestier, sans sa burqa, avait dit un texte sur scène:
"Où est l'outrage? J'agrandis juste la taille de ma cage!..." link

Mardi 4 octobre 2 04 /10 /Oct 20:05

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