30 décembre 2011: Larissa Sansour censurée, "hors sujet" ou "trop propalestinienne"? (Lausanne)

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Space Exodus - L. Sansour

 

 

La collaboration entre le musée suisse de l'Élysée et son sponsor, le fabricant de tricot Lacoste n'aura pas duré longtemps. La deuxième édition du Lacoste Élysée Prize, un prix financé (25.000 euros) par la marque au crocodile, n'aura pas lieu. Dans un communiqué (21-12-2011), la direction du  musée a annoncé qu'elle avait décidé d'en interrompre l'organisation, expliquant que ''la volonté du partenaire privé d'exclure" l'artiste d'origine palestinienne Larissa Sansour était à l'origine de sa décision.
Dans un communiqué, paru peu après celui du musée, la marque française confirme l'annulation du prix mais nie que l’exclusion de Larissa Sansour soit d’ordre politique. D’après elle, "après avoir reçu les œuvres des nominés, le musée de l’Élysée et Lacoste ont eu l’impression que le travail de l’artiste ne s’inscrivait pas dans le thème «La joie de vivre»."  
Depuis une dizaine de jours, les deux partenaires traversaient une crise. Conformément au règlement du prix, le musée de l'Élysée avait établi la liste des neuf artistes finalistes et publié leurs noms sur son site: Charles Fréger, Mathieu Gafsou, Olivier Metzger, Trish Morrissey, Larissa Sansour, Anna Skladmann, Julia Smirnova, et Taiyo Onorato / Nico Krebs. link
Mais le 14 décembre 2011, le nom de Larissa Sansour disparaissait du site de l'Élysée et son directeur, Sam Stourdzé, annonçait à l'artiste que le mécène, considérant son travail exagérément propalestinien, ne souhaitait plus qu’elle participe au concours et lui signifiait sa mise à l’écart du prix. (La Liberté, 22-12-2011)

 

Nation Estate - L. Sansourjpg

 

Dans la suite de Space Exodus, vidéo où elle jouait le rôle de la première femme cosmonaute palestinienne, Larissa Sansour avait été retenue par le musée de l'Élysée pour son projet science-fictionesque ironiquement intitulé "Nation Estate". En quelques photographies, elle y montre "la naissance d'un État palestinien, mais un État réduit à un seul, immense gratte-ciel enclos d'un mur de béton (Estate au sens immobilier du terme)" dans lequel serait logé tout le peuple palestinien (...) À chaque étage du gratte-ciel, une ville; pour aller d'une ville à l'autre, au lieu des checkpoints, des voyages en ascenseur"  explique  sur son blog Lunettes rouges (20-12-2011). Le peuple palestinien connaitrait enfin la grande vie. Une nouvelle forme de "joie de vivre", non?

Complément d'informations.
Ironie de l'histoire, le même musée de l'Élysée est à l'origine de l’exposition “Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie”, présentée en 2008 à Lausanne, puis en 2009 à la Bibliothèque Nationale de France. Dans le livre-catalogue (Actes Sud, 2008), Daniel Girardin et Christian Pirker montrent en 73 photographies classées chronologiquement, comment  de 1840 à 2007, polémiques après actes de vandalisme ou de censure, la photographie a été reconnue comme un art et comment s’est créée une jurisprudence. En exergue du livre, les deux auteurs citent Bakounine : “Tout ce qui, en langage politique, s’appelle le droit n’est rien d’autre que l’illustration du fait créé par la force.”(Observatoire de la censure, 28-8 2008).
Le Washington Post (22-12-2011) remarque que, pour la deuxième fois en quatre mois, Lacoste traverse une crise d'image et de communication: en septembre 2011, Lacoste avait demandé à la police norvégienne de veiller à ce que l'extrémiste Anders Berhing Breivik, accusé d'avoir tué 77 personnes le 22 juillet sur l'île d'Utoya, ne porte pas de vêtements Lacoste (sa marque préférée) lors de ses apparitions publiques.
Par ailleurs, en Grande-Bretagne, Alice Oswald et John Kinsella, deux des dix poètes nominés en 2011 par la  Poetry Book Society ont demandé que leurs noms soient retirés de la liste des sélectionnés pour le prix T.S.Eliot (15.000 £ ). lls veulent ainsi marquer leur désapprobation devant l'arrivée d'un  nouveau sponsor. Après avoir perdu le soutien financier du Arts Council - équivalent anglais du ministère de la culture -  la Société du livre de poésie a comme mécène, pour trois ans, Aurum, société financière d'investissement spécialisée dans la gestion sophistiquée de fonds spéculatifs. (BBC, 8-12-2011)

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