30 janvier 2010 : Autodafé dans la cité de Nicéphore Niepce (Chalon-sur-Saône)

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Lundi 11 janvier 2010, Jean-Baptiste Avril, photographe professionnel à Chalon-Sur-Saône, a brûlé 17 planches de 36 négatifs, la quasi-totalité des clichés qu’il avait réalisés à Tel-Aviv en 2008, sur le thème de l'architecture de la capitale israélienne, et qui avaient fait l'objet d'une exposition au Musée d'art contemporain de la même ville : "Sur ce projet, j'ai concentré tous les abus que peut rencontrer un photographe : abus d'exploitation, travail non rémunéré. Ces clichés ont été salués par la critique et les édiles, la presse israélienne a véritablement été dithyrambique, mais tout cela ne m'a rapporté aucun revenu. Le Musée d'art contemporain, à la fin de l'exposition, n'a pas acheté la moindre image".
Par ce geste, Jean-Baptiste Avril souhaite avant tout "dénoncer un système qui rend impossible pour le photographe de vivre de son travail : derrière une photo, il y a un homme et une famille, mais on a du mal à considérer qu'un photographe doive mettre quelque chose dans son assiette. ”
Un constat de crise partagé par le grand reporter dijonnais Emmanuel Razavi : "À l'exception du cinéma, le monde de l'image et de la presse vont de plus en plus mal. En France, la photo professionnelle et surtout le photojournalisme sont morts il y a dix ans. Même si je trouve dommage qu'un photographe en vienne à brûler son œuvre, cela en dit long sur le désespoir qui touche ce métier essentiel pour la conservation de notre histoire et de notre patrimoine".
Nicolas Richoffer, photographe de presse, le confirme également: "Le problème est qu'aujourd'hui les photographes indépendants n'arrivent plus à vivre de leur travail. Une poignée de majors vendent des photos à prix cassés, souvent de faible qualité. Face à cela, les coûts de revient des photographes professionnels sont plus élevés".
Selon Jean-Baptiste Avril, "la photo ne bénéficie d'aucun respect et on ne lui donne que peu de valeur". Le photographe dénonce les "nombreux abus des magazines, plate-formes web, institutions publiques ou privées" et cite des exemples récents : "Il y a quelques temps, des magazines comme Géo avaient commencé à mettre leurs lecteurs à contribution pour déposer gratuitement des photos sur leurs sites web. Désormais, même les grandes revues de photo publient des clichés d'amateur. Mais ce n'est pas parce que tout le monde a un appareil photo que tout le monde fait de la photo".
Nicolas Richoffer comprend le “photodafé” de Jean-Baptiste Avril : "Qu'il brûle ses négatifs ne me choque pas ; il est propriétaire de ses œuvres. C'est évidemment triste car elles semblent de qualité mais il en est de même pour les agriculteurs réduits à jeter leur production. C'est un sacrifice que je salue."
De son côté, Emmanuel Razavi  déclare: "Je suis contre les autodafés : dans certains pays, des gens risquent leur vie pour filmer, photographier et diffuser leurs images, alors comment peut-on brûler les nôtres ?(...) Il y a deux ans, un caméraman s'est suicidé en se jetant dans le vide avec sa caméra. Malheureusement on a guère parlé de lui et des difficultés qu'il avait rencontrées auparavant pour vendre ses sujets aux diffuseurs.”
À quand une législation qui reconnaisse et protége véritablement le travail des artistes? (Cyril Gaucher / Dijonscope)

Lien vers la vidéo de l’autodafé  link
Lien vers le site de J-B Avril link
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