31 décembre 2010: Irène Frachon, prix Tartuffe 2010 pour "Mediator 150mg. Combien de morts? "

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Irène Frachon
Le prix Tartuffe 2010  a été  décerné  à Irène Frachon pour son livre  "Mediator 150mg. Combien de morts?"  (éditions- dialogues.fr, Brest).
Publié le 2 juin 2010, le  livre était attaqué en justice 5 jours plus tard  par le laboratoire pharmaceutique Servier, et son sous-titre censuré. Cette "interdiction de fait" obligeait l'éditeur Charles Kermarec  à  placer des étiquettes autocollantes sur chaque livre et à réimprimer le livre.
Dans son arrêt, le juge avait estimé que la mention "Combien de morts?"  jetait le "discrédit" sur l’image du laboratoire Servier, "entravant son activité", portait atteinte à ses droits et devait être enlevée de la première page de couverture sous astreinte de 50 euros par exemplaire distribué. Il avait également déclaré: "un retour sur le marché du Mediator est toujours envisageable".
Dans son livre, le docteur Irène Frachon revient, sous la forme d'un journal, sur toutes les étapes d'une enquête de trois ans qui l'a conduite à devenir l'une des protagonistes à l'origine du retrait de ce médicament, le 30 novembre 2009.
Brisant la chape de silence entourant un médicament toxique en vente depuis 1976, Irène Frachon a  permis  que soit enfin porté à la  connaissance d'une majorité de citoyens un "désastre sanitaire" qui aujourd'hui, selon les estimations des autorités,  aurait fait entre 500 et 2.000 morts, et  coûté entre 423 millions et 1,2  milliard d'euros  de remboursement à la Sécurité sociale et aux mutuelles. Elle  pose aussi notamment une question cruciale: celle de l'indépendance des dispositifs d'évaluation des médicaments, à l'heure "où diminue le financement public des activités de pharmacovigilance confiées dans des proportions croissantes aux compagnies pharmaceutiques".

 

I. Frachon - Mediator

 

Créé en 2004 par Orphéon - Bibliothèque de théâtre Armand-Gatti, l'Observatoire de la censure réunit des artistes, écrivains, éditeurs, programmateurs, bibliothécaires, journalistes... C'est un lieu de réflexion et d'information sur la censure, l'autocensure et la liberté d'expression. Il décerne chaque année le Prix Tartuffe à un écrivain ou artiste victime de la censure, ou à un livre qui défend la liberté d’expression; Tartuffe en souvenir de la pièce de Molière créée en 1644: autorisée par le pouvoir, elle  avait été interdite après la première représentation.

Le Prix Tartuffe 2009 a été décerné à la troupe birmane de Mandalay,  les Moustache Brothers (Par Par Lay, Lu Zaw, Lu Maw...) pour leur  résistance par le rire: interdits de jouer dans la rue... les Moustache Brothers font du théâtre en appartement.

Le Prix Tartuffe 2008 a été décerné à Emmanuel Pierrat, Magali Lhotel, Florent Latrive, Sophie Viaris de Lisegno, Aurélie Chavagnon, Geoffroy de Lagasnerie, Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Béatrice Chapaux, Guillaume Sauvage, Flore Masure, auteurs de l’ouvrage collectif “Le livre noir de la censure” (Seuil, 2008).

Le Prix Tartuffe 2007 a été attribué au journaliste Bernard Joubert pour son livre "Dictionnaire des livres et journaux interdits par arrêtés ministériels de 1949 à nos jours" (Éditions du Cercle de la librairie, 2007).

Le Prix Tartuffe 2006 a été attribué à l’écrivain Christian Salmon pour son livre "Verbicide, du bon usage des cerveaux humains disponibles" (Climats, 2005) et son action en faveur de la liberté d’expression.
Christian Salmon est le fondateur du Parlement international des écrivains (1994-2003), du réseau des villes-refuges, de la revue Autodafé.
Du même auteur : Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (La Découverte, 2007).

Le Prix Tartuffe 2005 a été attribué à la dramaturge anglaise Gurpreet Kaur Bhatti.
En décembre 2004, 400 sikhs avaient envahi le Repertory Theater de Birmingham, faisant annuler sa pièce "Déshonneur" (Oberon Books, 2005 - Les Solitaires intempestifs, 2006) jugée "blasphématoire" et contraignant l'auteure, menacée de mort, à la clandestinité.

Le Prix Tartuffe 2004 a été attribué à la compagnie de théâtre de rue Cacahuète, pour l'ensemble de son parcours insolemment libertaire.
Sur la compagnie Cacahuète, lire de Pascal Larderet & co : Turbo Cacahuete, l'aventure scandaleuse (éditions A Rachid, 2005).

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