14 août 2011: Une photo de Sergio Parra censurée à Merida (Estrémadure) 

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Sergio Parra - Inferno

 

La photo, à l'origine du scandale, montre l'acteur Asier Etxeandía, quelques minutes avant son entrée en scène pour une représentation de L'Enfer, mis en scène par le Slovène Tomaz Pandur. Inspiré de La Divine Comédie de Dante Allighieri, le spectacle avait ouvert, il y a six ans,  la saison du Centre dramatique national au Théâtre Maria Guerrero.
Un détail de l'image - l'utilisation comme cache-sexe d'une reproduction du tableau de Vélasquez, Le  Christ en croix - a choqué les milieux intégristes catholiques qui ont envoyé par courriel deux cents exemplaires d'un formulaire exigeant son retrait.
La photo ciblée fait partie de l'exposition Camerinos, présentée depuis le 8 juillet dans le cadre du Festival de Théâtre d'Histoire de Merida (Estrémadure). Aboutissement de douze ans de travail, l'exposition montre une centaine de photos en noir et blanc prises par Sergio Parra dans des loges d'artistes (camerinos). Avec cette galerie de comédiens photographiés hors scène, le photographe donne à voir ce que le spectateur ne voit jamais: l'acteur qui  s'habille, se maquille, se concentre, se métamorphose. Dans ce sas qu'est la loge, Sergio Parra tente de saisir l'instant du passage au personnage. De grand format (1,50 x 2,25 ), ses photos étaient montrées en plein air dans différents lieux de Merida: le théâtre romain, le temple de Diane, le marché de Calatrava.
Suite à la remarque d'un professeur qui visitait le théâtre romain avec ses élèves, la photo avait été enlevée et déplacée à l'intérieur du temple de Diane. Mais cela n'a pas suffi. Malgré un taux de 95% de visiteurs se déclarant satisfaits par l'exposition, la photo a été retirée, en accord avec l'artiste qui n'avait l'intention ni de choquer ni de blesser personne. L'actrice Blanca Portillo et la productrice Chusa Martín, directrices du festival et organisatrices de l'exposition, ont dénoncé les pressions de la ville et de la Communauté autonome. Elles ont  annoncé leur démission. (El Pais, 28-29-30-31 juillet 2011)
L'exposition, visible à Merida jusqu'au 28 août, sera accrochée dès septembre sur le fronton du Théâtre Espagnol de Madrid. Camerinos, le livre, vient d'être publié, avec la photo. On peut aussi avoir une vision globale du travail de Sergio Parra ici :  link
En 2007, dans la même région de l'Espagne, le Parti Populaire (PP) avait organisé une campagne contre le conseiller à la culture et au patrimoine de la Junta de Extremadura (alors socialiste) pour avoir financé l'édition du livre "Sanctorum", catalogue du l'exposition du photographe J.A.M. Montoya (2003). link

La  France n'est pas à l'abri de tels actes: sans revenir sur le cas de l'affiche du film de Milos Forman, "Larry Flynt", censurée en 1996, rappelons que, récemment, le 17 avril  2011, une photographie d'Andres Serrano, "Piss Christ", a été vandalisée en Avignon.

Aux Philippines, où 85 % des 94 millions d'habitants sont chrétiens et en majorité catholiques, le CCP (centre culturel philippin), le plus important centre d'art du pays, a été contraint le 10 août à fermer l'exposition collective intitulée Kulö. Inaugurée le 7 juin, elle était prévue jusqu'au 21 août: en cause  “Poleteismo”, une installation de l'artiste Mideo Cruz, jugée blasphématoire par le président de la Conférence des évèques chrétiens, les militants Pro-life...  Le 4 août, un couple de Philippins avait essayé de la vandaliser. Mideo Cruz a reçu des menaces de mort: un journal a suggéré diverses manières de le tuer, conseillant de lui faire boire auparavant de l'acide chlorhydrique. Le vice-président du CCP a reconnu que les "catholiques ont le droit de se sentir offensés" mais "n'ont pas le droit" d'obliger les organisateurs à fermer une exposition d'oeuvres d'art. (Bulatlat.com, 05-08-2011 / Le Monde, 13-08-2011)

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