4 octobre 2011: Les nécrologies revues et corrigées de "La Voix du Nord" (Calais)

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Samedi 17 septembre 2011, Marie-Noëlle Gues, alias «Zetkin» disparaissait à l'âge de 53 ans, suite à une longue maladie et à un long combat pour les droits des migrants.
En janvier 2011, elle avait été condamnée pour diffamation, par la cour d'appel de Douai (Nord), à 3.000 euros d'amende, deux fois plus qu'en première instance à  Boulogne-sur-Mer (29-11-2009). En novembre 2008, dans le contexte des reconduites à la frontière de sans-papiers afghans à Calais, la prévenue avait qualifié Gérard Gavory, alors sous-préfet de Calais, "d'homme du convoi vers la mort" dans un article publié sur internet. "Comme tous les racistes, (il) ne s'attaque jamais qu'aux étrangers" ou "la France de Pétain, on lui obéit ou on la combat, le sous-préfet a choisi", avait-elle notamment écrit sur le site lille.indymedia.org. À l'époque, le ministre de l'Immigration Éric Besson avait appelé "l'ensemble des représentants de l'Etat à entreprendre de telles poursuites contre tous ceux qui portent ainsi atteinte à l'honneur de notre République". (AFP, 24 -01-2011)
Depuis 2004, cette professeure des écoles utilisait son appareil photo, puis la vidéo, pour témoigner de la chasse à l'étranger dans les rues de Calais. Ce qui lui avait valu, en  avril 2009, une condamnation pour outrage et rebellion à la police.  link
Depuis 2007, elle tenait un blog: pionnière en France du "copwatching", elle y mettait en ligne des images de policiers qu'elle avait observés. link

 

Zetkin

 

Une trentaine d'associations - le GistiMédecins du monde, Amnesty International... - souhaitant lui rendre hommage, décidaient de faire publier un court texte dans la rubrique nécrologique de "La Voix du Nord"  et de "Nord Littoral":
«Marie-Noëlle Gues vient de nous quitter. Nous n’oublierons ni son long et courageux engagement aux côtés des migrantes et des migrants, ni sa volonté opiniâtre de les protéger des violences institutionnelles, ni son exigence politique d’une communauté mondiale fondée sur l’égalité de tous les êtres humains. A sa famille et à ses proches, l’expression de notre peine.»
Quelle ne fut pas leur surprise quand ils  constatèrent que leur texte, retoqué par le service des avis de décès, était paru ainsi:  
«Marie-Noëlle Gues vient de nous quitter le 17 septembre 2011. Ses funérailles auront lieu le mercredi 21 septembre 2011 au crématorium de Vendin-le-Vieil. À sa famille et à ses proches, les associations et personnalités expriment leur peine et rendent hommage à son long et courageux engagement aux côtés des migrantes et des migrants et à son exigence politique.»  
" Même longueur, même prix, 214 euros", indique Libération (29-09-2011) qui signale que "l'avocate des associations a sommé le journal de publier la version initiale, en vain".

Deux remarques.
Au lendemain de la mort de Marie-Noëlle Gues, les deux journaux avaient rendu compte dans leurs pages, de sa disparition. Nord Littoral Côte d'Opale (18-09-2011)  avait  publié les lignes suivantes, accompagnées d'une photo de la militante:
 "Elle aura mené tous ses combats avec la même hargne, la même fougue, y compris celui qui l'a mise face à la maladie. Ce sera le seul devant lequel elle aura courbé l'échine : Marie-Noëlle Gues, aussi connue sous le surnom de Zetkin, vient de s'éteindre.Militante gauchiste plus qu'engagée, elle avait notamment pris fait et cause pour les migrants et elle alimentait régulièrement un blog sur internet dans lequel elle voulait dénoncer « les incessantes oppressions faites aux migrants » et les « tout aussi nombreuses dérives policières ». Tout le monde savait qui elle était mais elle tenait à signer ses propos du nom de "Zetkin", le nom de Clara Zetkin étant celui d'une enseignante, journaliste et femme politique marxiste née en Saxe et morte à Moscou (1857-1933). Plusieurs de ses prises de positions qu'elle exprimait l'ont d'ailleurs amenée à s'expliquer devant un tribunal." 
De son côté La Voix du Nord (19-09-2011) avait écrit:  
"Enseignante de profession, Marie-Noëlle Guès s'était surtout fait connaître, ces dix dernières années, pour son militantisme en faveur de la cause des migrants. Militantisme qu'elle envisageait beaucoup moins sous l'angle humanitaire que sous celui de la « défense des droits humains ». Extrêmement présente sur le terrain, elle n'avait de cesse de dénoncer les pressions, voire les violences, que les forces de l'ordre font subir aux migrants. En particulier, elle alimentait son propre blog, ainsi que d'autres sites alternatifs, tel Indymedia, de textes et de photos, sous le pseudonyme de Zetkin. Parfois virulents, ces écrits lui ont valu de comparaître plusieurs fois devant le tribunal correctionnel. Mère de trois enfants, Marie-Noëlle Gues était la compagne de Claude Vanzavelberg. Ses obsèques civiles se dérouleront mercredi matin, au crématorium de Vendin-les-Béthune."

Par ailleurs, Haydée Sabéran, auteure de l'article paru dans Libération affirmant que La Voix du Nord  a "censuré l'avis de décès d'une militante qui s'opposait à lui" est également la journaliste, auteure de l'article "La Voix du Nord révise les avis de décès", paru il y a 9 ans dans Libération, le 17 octobre 2002. La famille de Sosche Schor, juive lensoise originaire de Pologne, souhaitait alors faire passer, dans la rubrique nécrologique de La Voix du Nord, l'avis de décès de cette centenaire, accompagné d'une pensée pour son premier mari, Abraham Salik, «fusillé par la Milice française en 1943», et pour son compagnon Fred Bachman, «rescapé des camps nazis». L'annonce était parue en ces termes dans Le Monde et dans Le Figaro, mais pas dans La Voix du Nord. Le responsable de la rubrique nécrologique avait demandé à la famille de modifier son texte: «fusillé par la Milice française» s'était transformé en «fusillé en otage» et «camps nazis» était devenu «camps de concentration».
Interrogé  par Le Canard enchaîné, le responsable des nécrologies de La Voix du Nord avait déclaré :  «On ne peut pas publier un avis de décès qui prête à débat.  Nos lecteurs d'extrême droite auraient pu nous reprocher les termes utilisés. Car il y aura toujours des gens qui contestent l'existence des camps nazis. Des enfants de miliciens auraient pu se sentir visés. Et puis, nous ne sommes pas là pour dire que Pétain a fait fusiller des gens.» link
"« Bourde » calamiteuse ou dérive politique étonnante au service publicité-annonces de La Voix du Nord ? " se questionnait alors le Club de la presse du Nord / Pas-de- Calaislink
Né en 1941, La Voix du Nord est à sa création un journal clandestin qui donne naissance au groupe de résistance Voix du Nord. Le premier numéro annonçait clairement le positionnement du journal : « En France, aucune presse, aucune radio, aucun homme ne peut parler librement un langage français. Les seules voix françaises nous viennent par la radio de Londres, avec elles, nous sommes d'accord et nous pensons : on ne transige pas avec le devoir et avec l'honneur ; on ne pactise pas avec le mal ; on ne collabore pas avec l'ennemi. » link


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