5 janvier 2011: Lancement, par Charlie Hebdo, du concours "Outragez le drapeau français"

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L'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a de la suite dans les idées... 
Le 26 mai 2010 (n° 936), quelques jours  avant le passage de la loi étendant aux "oeuvres de l'esprit" le champ d'application de loi de 2003 sur l'outrage au drapeau, il consacrait à ce sujet une double page centrale de dessins réunis sous le titre "Non au délit de blasphème". Philippe Laurent évoquait aussi l'histoire de  Le Drapeau, poème antimilitariste de jeunesse écrit par Jean Zay en 1924, avant qu'il ne devienne ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire (1936-1939). Jamais publié par Jean Zay, perdu et oublié, le "pastiche transgressif" sera retrouvé fortuitement  à Orléans  par des personnes intéressées alors qu'il est devenu un député en vue. Le texte sera vendu en 1932 à la presse d'extrême droite qui reproduira ce passage sur le drapeau traité de "petite immonde guenille (...) de la race vile des torche-culs". La Milice, fondée à Nice par Joseph Darnand, n'oubliera pas l'outrage et assassinera Jean Zay en 1944. link

Le 27 décembre 2010, (Charlie Hebdo, n° 967), Charb commente ce qui vient de se passer : un homme, pour la première fois, a été condamné pour outrage au drapeau. Coïncidence, cela s'est passé à Nice, dans la ville  même où la photo politiquement incorrecte d'un homme se torchant dans le drapeau tricolore, à l'origine d'un durcissement de la loi, a été exposée. (voir Observatoire de la censure, 23-12-2010). "La République a son blasphème" écrit Charb. "Un blasphème républicain. On peut encore tourner en dérision les dogmes religieux (...) on ne peut pas trouver grotesque de vénérer les trois couleurs du drapeau national." Il poursuit ainsi : "Que le FN se soit emparé des couleurs nationales pour en faire son logo, personne ne trouve ça outrageant (...) Amis blasphémateurs faites vite... pisser sur la flamme du Front national sera bientôt un outrage au drapeau qui vous coûtera 1 500 euros." Et Charb d'illustrer son article par  le dessin d'un homme déculotté, allumette à la main, transformant un pet gazeux en flamme tricolore.

La semaine suivante (Charlie Hebdo, n° 968, 5 janvier 2011), Charb lance le "concours: Outragez le drapeau français": "Charlie Hebdo appelle tous les citoyens à résister à la censure. En tournant en ridicule, en détruisant ou en souillant le symbole de la République, le citoyen ne fait qu’exprimer une opinion. Il ne s’agit pas de détruire un bien matériel appartenant à autrui, il s’agit de montrer qu’une république laïque ne peut décider pour ses citoyens quel symbole est sacré ou non. Nous avons lutté pour que ne soit pas reconnu le délit de blasphème en France à l’égard des religions, nous lutterons de la même manière pour que l’on abolisse le délit de blasphème à l’égard de la République."

En attendant de voir les premiers travaux, voici deux documents.
Une vidéo en ligne, Outrage au drapeau tricolore d'Éric Bernard (2010) qui pose la question : à partir de quelle taille et de quel matériau, peut-on parler de drapeau? Un cure-dent surmonté d'un rectangle  en papier tricolore de deux centimètres carrés peut-il être considéré comme un drapeau? link

Liberté, une installation interactive de Lars Ramberg, présentée à la Biennale de Venise 2007. Elle est constituée de trois authentiques toilettes J-C Decaux:  une bleue (liberté), une blanche (égalité), une rouge (fraternité), en hommage à la Révolution française et à Jacques Chirac qui, le premier en 1979, dota la ville de Paris de ce nouveau  type de sanitaire public, unisexe, automatisé, "démocratique". Chacune de ces trois toilettes est en relation avec un pays (la Norvège, la France, les États-Unis), on peut y écouter un discours officiel et l'hymne national, tout en vaquant à ses besoins. Dans l'espace central blanc, celui de la France, l'usager peut savourer un toast de Charles de Gaulle à l'amitié franco-norvégienne (1962) suivi de La Marseillaise. link

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