5 juillet 2011: "Comédies tragiques" de Catherine Anne

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Catherine Anne - Comédies tragiques

 

Après "neuf saisons et demie" passées à la direction du Théâtre de l'Est parisien (TEP), Catherine Anne s'en va. Est-ce un hasard si dans sa dernière pièce, Comédies tragiques, l'auteur et metteur en scène raconte l'histoire d' "un lieu de parole" qui disparaît, remplacé sur décision ministérielle par "un Pôle cirque ""Qu'est-ce qu'on va faire?" demande un des comédiens licenciés. "Continuer! Sûr! Créer, jouer!" lui répond une comédienne.
Si Comédies tragiques commence et se termine sur la scène d'un théâtre, le chômage qui se généralise dans la société et les absurdités d'un système déshumanisant sont au centre de la pièce. Comment informer Pôle emploi que, ne pouvant plus payer votre téléphone, il vous a été coupé et que vous ne pouvez donc plus répondre aux offres d'emploi qui vous sont proposées par téléphone... quand Pôle emploi n'accorde des rendez-vous que par téléphone ?
On trouve aussi cette scène intitulée Pas de censure où un directeur des programmes télévisés est convoqué dans un ministère, la veille de la diffusion d'un reportage sur un ministre...

Extrait:
- J'ai visionné le documentaire. Cette chose ne doit pas passer à l'antenne. Pas demain! Le calendrier n'est pas judicieux.
- Déprogrammer maintenant ne peut qu'attirer l'attention, la polémique, la critique (...) Difficile d'assumer ce qui, peu ou prou, passera pour une censure.
- Nous avons un cinéaste qui vient juste de mourir, non?
- Quel rapport?
- Un grand cinéaste français!
- C'est l'avis général.
- Votre responsabilité est de diffuser, dès demain, un film important de ce cinéaste important. Non?
- Sur l'horaire du documentaire.
- il serait mal compris que vous ne profitiez pas de cette mort providentielle. Personne n'osera nous parler de censure! Un hommage à un grand cinéaste! Le ministre s'efface derrière les artistes (...) Le conseil vient de haut, de très haut, bien au-dessus de moi.(...) Nous vous revaudrons ça! Quant à votre docu, rien n'empêche qu'il prenne place dans la file d'attente des programmes. Plus tard, plus tard... (...) Nous avons tous besoin de sérénité; les réformes sont douloureuses. (Actes Sud-Papiers, 2011.- p39-40)

 

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