5 mai 2010: Plainte pour "profanation d'un monument aux morts " (Vieux-Condé)

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Memento Chalon 2009 gp

 

Comme le révélait  "L'Observateur du Valenciennois", Chérif Boukorras, président des Anciens combattants d'Odomez (département du Nord) a porté plainte  lundi 3 mai 2010  contre les organisateurs du  festival Les Turbulentes, pour "profanation d'un monument aux morts ".
La  cause de ce "scandale" : le spectacle  que la compagnie KomplexKapharnaüm présentait  à Vieux-Condé vendredi 30 avril et samedi  1er mai dans le cadre de la 12ème édition de ce festival de théâtre de rue.
Créé il y a un an (voir Prix Tartuffe 27 juillet 2009),  Memento  ("Souviens-toi"  mais aussi "aide-mémoire") est un spectacle déambulatoire qui rend  hommage à tous les résistants, ceux  d'hier comme ceux d'aujourdhui. Sa première séquence ("La première résistance, c'est la résistance à la norme") est articulée  autour du témoignage de Roger Pestouri. L'ancien résistant de la guerre de 39-45 - maire de Bron de 1947 à 1959, puis de 1965 à 1995 - parle de son engagement à Lyon pendant la guerre, de l'histoire des femmes tondues à la Libération; il dit également le  poème de Paul Eluard "Comprenne qui voudra". Pour cette première séquence, les artistes de KomplexKapharnaüm réalisent en direct devant les spectateurs un mur-mémoire de 7 mètres de long sur 3 de haut, fait de dessins, d'affiches, de photographies collés et d'écritures peintes, sur lequel ils projettent des images-vidéo. Choix justifié, prolongement cohérent une semaine après la Journée du souvenir de la déportation, ils avaient posé leur installation, premier rendez-vous du voyage, à côté du Monument aux Morts de Vieux-Condé.
C'est cette proximité qui semble avoir heurté  l'ancien combattant et lui avoir fait dire : "Un monument aux morts n'est pas un lieu de spectacle ! C'est un lieu de respect». Faut-il dire à sa décharge qu'il n'avait pas assisté au spectacle et a pensé pouvoir le juger sans l'avoir vu, au risque de commettre une énorme erreur d'appréciation, un ridicule contre-sens?
Faut-il rappeller que pour le cinquantième anniversaire de la libération du camp de Buchenwald, Klaus Michael Gruber faisait jouer "Le retour de Carola Neher", pièce du déporté Jorge Semprun, dans le cimetière russe du parc du Belvédère à Weimar?
Comme l'écrit Danièle Lenglet (La Voix du Nord), "N'est-il pas plus judicieux de se réjouir devant des artistes désireux de rendre palpables aux plus jeunes les heures sombres ou glorieuses ? N'est-ce pas finalement le seul espoir d'éviter que les héros d'hier tombent demain dans l'oubli général ? Au nom des morts et des mortes au combat, la bataille judiciaire, entamée lundi par les anciens combattants d'Odomez, n'était peut-être pas nécessaire."

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