5 octobre 2010 : Outrage au drapeau, rebond

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À Paris, le 27 septembre 2010, la Ligue des droits de l'Homme annonçait avoir déposé devant le Conseil d’État un recours contre le décret n°2010-835 du 21 juillet 2010 du ministère de la Justice, punissant d’une amende de 1.500 euros l’outrage au drapeau français. La LDH estime que ce décret est "en violation de la Constitution et du principe de liberté d’expression".
Ce décret de circonstance, riposte imaginée suite à la "scandaleuse et incorrecte" photo primée à Nice, vise "les oeuvres de l'esprit" jusqu'alors exclues du champ de la loi de mars 2003; il réintroduit, sous une autre forme, le délit de blasphème, en remplaçant la sacralisation de la "croix" par celle d'une étoffe tricolore. (Voir Observatoire de la censure, 22 avril et 28 juillet 2010).
Quel statut, la justice va-t-elle désormais  accorder à certaines oeuvres, comme ce pastiche écrit par Charles Müller et Paul Reboux (mort à Nice en 1963), poème  "à la manière" de Paul Déroulède (mort à Nice, en 1914)?

Le Salut au Drapeau,


C'était un géant, un beau capitaine;

Il avait servi sous Palikao;

En Crimée, âgé de seize ans à peine,

Il avait gagné ses galons de laine.

Un torse d'acier, deux mètres de haut,

C'était un géant, un beau capitaine;

Il avait servi sous Palikao.

 

Nous en avons eu de ces fils de France,


Comme lui vaillants, braves comme lui;


Sur son front brillait la mâle espérance;


Méprisant la mort, narguant la souffrance,


Toujours en avant, jamais il n'a fui.


Nous en avons eu de ces fils de France,


Comme lui vaillants, braves comme lui !



 

Sous les murs de Metz, il était, l'hercule,


Le porte-drapeau de son régiment.


Quand il marche au feu, pas un ne recule.


Vous avez connu, voleurs de pendule,


De son œil altier, l'éclair aveuglant !


Sous les murs de Metz, il était, l'hercule,


Le porte-drapeau de son régiment.



 

Durant quatre mois on soutint le siège;


On mangea les chiens, les chevaux, les rats,


Narguant la famine et tout son cortège,


La poitrine au feu, les pieds dans la neige;


Et seuls, les pruneaux ne manquèrent pas.


Durant quatre mois on soutint le siège;


On mangea les chiens, les chevaux, les rats.



 

Un bruit se fait jour : « La France est trahie ! »


Et Bazaine écrit : « Livrez les drapeaux ! »


De quel deuil alors son âme est meurtrie !


Faut-il donc remettre, ô chère patrie,


Ta pure gloire aux mains des Pruscos ?


Un bruit se fait jour : « La France est trahie ! »


Et Bazaine écrit : « Livrez les drapeaux ! »



Dans ses doigts il tient l'étoffe sacrée;


Sur sa face mâle ont coulé des pleurs.


« Jamais, a-t-il dit, ô race abhorrée,


Jamais, moi vivant, les rives de Sprée


Ne verront l'éclat de nos trois couleurs ! »


Dans ses doigts il tient l'étoffe sacrée;


Sur sa face mâle ont coulé des pleurs.



Il étend sa lèvre à moustache blonde


Comme pour baiser le noble étendard,


Lorsque, tout à coup, un éclair l'inonde :


« Si je le mangeais ?... Il n'est pas au monde


Contre les uhlans de plus sûr rempart ! »


Il étend sa lèvre à moustache blonde


Comme pour baiser le noble étendard.

 



Il mangea le bleu, le blanc, puis le rouge;


Son cœur est trop haut pour un haut-le-cœur.


Sur son front d'airain pas un pli ne bouge;


Masque qu'on dirait sculpté par la gouge,


Du festin sublime il reste vainqueur.


Il mangea le bleu, le blanc, puis le rouge;


Son cœur est trop haut pour un haut-le-cœur !



 

Puis, après la soie, il mangea la hampe;


Ce fut le plus dur, le plus valeureux : 


On l'avait taillée en chêne d'Étampe;


Mais lui, de l'aubier, surpassait la trempe,


Étant de ce bois dont on fait les preux.


Puis, après la soie, il mangea la hampe;


Ce fut le plus dur, le plus valeureux.



 

Il murmurait : France !... Et mangeait, quand même !


Lorsque tout à coup son cœur s'arrêta :


L'aigle de Sedan !...Il devint tout blême,


Et le coq gaulois, de ce cœur l'emblème,


N'admit point l'oiseau qui capitula.


Il murmurait : France !... Et mangeait, quand même !


Lorsque tout à coup son cœur éclata !

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