6 août 2011: La deuxième mort de Lounès Matoub, chanteur et poète kabyle (Tizi-Ouzou)

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Lounes Matoub

 

Après  trois reports, en 2000, 2001 et 2008, le procès de deux des assassins présumés de l'artiste Lounès Matoub a eu lieu le 18 juillet 2011 à Tizi-Ouzou (Kabylie).
Défenseur de la culture berbère (amazigh), partisan de la laïcité et de la démocratie, opposant à l'islamisation et à "l'arabêtisation" de la société algérienne, Lounès Matoub avait déjà par deux fois échappé à la mort. Le 9 octobre 1988, il avait été  gravement blessé par les tirs d'un gendarme et avait dû subir dix-sept opérations. Le 25 septembre 1994, il avait été enlevé par un groupe islamique armé (GIA), séquestré, puis relâché le 10 octobre suite à un énorme mouvement populaire. Mais le jeudi 25 juin 1998, au lieu-dit Tala Bouinane, à 5 km de Tizi-Ouzou, le véhicule du chanteur avait été  pris sous le feu d’un groupe armé posté en embuscade. Blessé, Matoub avait été achevé d’une balle dans la tête tandis que les trois  autres passagers de la voiture, sa femme Nadia et ses deux belles-sœurs, étaient grièvement blessés. La mort de l'artiste avait déclenché en Kabylie de violentes manifestations dénonçant un "crime d'État".

Après treize ans de tergiversations - pour comparaison, le procès de la banque Khalifa a été réglé en quatre ans - la parodie de justice qui s'est tenue le 18 juillet n'a pas permis de répondre à des questions de base : comment Lounès a-t-il été assassiné?  par qui? pourquoi? Dans le dossier Matoub, il n'y a ni expertise balistique, ni rapport d'autopsie. Hassan Hattab, ex-chef du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui avait revendiqué l'assassinat en mai 1999, n’a jamais été auditionné par le juge d’instruction. Quant aux aveux des deux prévenus, ils ont été extorqués sous la torture. Dans la salle, la soeur et la mère de Matoub disent qu'ils sont innocents et demandent la comparution des vrais commanditaires.
Après douze ans de détention provisoire et un procès accumulant les irrégularités, Malik Madjnoun, 46 ans, et Abdelhakim Chenoui, 37 ans, ont été condamnés à une peine de douze ans de prison: ils devraient être libérés en septembre. La vérité sur la mort de Lounès Matoub est toujours à venir... (Dernières Nouvelles d'Algérie - Siwel - Radio Khalima, 18-07 / Khabyle com, 19-07 / Afrique magazine, 21-07-2011)
Ultime pied de nez au pouvoir, peu de temps avant sa mort, Matoub  avait enregistré une chanson parodique intitulée  « Dhagourou » (trahison, imposture), sur la musique de Qassaman, l'hymne national algérien, dont il détournait les paroles. link
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