7 octobre 2010: "Sexion d'assaut"... déprogrammations en série

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En juin 2010, Karim Fall dit "Lefa", membre du groupe Sexion d'assaut déclarait  au magazine International Hip-Hop"Pendant un temps, on a beaucoup attaqué les homosexuels parce qu'on est homophobes à cent pour cent et qu'on l'assume. Mais on nous a fait beaucoup de réflexions et on s'est dit qu'il était mieux de ne plus trop en parler (...) Imagine, il y a même des gays qui viennent nous voir ! On ne peut donc pas se permettre de dire ouvertement que pour nous, le fait d'être homosexuel est une déviance qui n'est pas tolérable"
Cet entretien a attiré l'attention sur les textes de ce groupe, et particulièrement sur les paroles de titres anciens comme "On t'a humilié" : "Il est grand temps que les pédés périssent, coupe leur pénis, laisse les morts, retrouvés sur le périphérique" .
Depuis lors, les réactions s'enchaînent. Le magazine Têtu révéle, mercredi 29 septembre, que la radio NRJ a rompu son partenariat avec le groupe et décidé de ne plus diffuser ses titres, y compris celui qui l'avait rendu populaire  dans les collèges et lycées ("Désolé"). Sur internet, des associations  luttant  contre l'homophobie  demandent au groupe de faire des excuses, tandis que d'autres interpellent le CSA, envisagent "de poursuivre en justice le groupe de rap, pour homophobie, incitation à la violence et à la haine", appellent au boycott de Sony, maison de disques du groupe, demandent que le groupe ne représente pas la France  aux MTV Europe Music Awards .
Chaque jour des dates de concerts tombent, comme des dominos, interdits par les maires pour menace de troubles à l'ordre public ou déprogrammés par les organisateurs qui, comme ceux de Saint-Étienne, demandent au groupe de reverser leurs cachets pour un fond de lutte contre l'homophobie. À ce jour,  sur la vingtaine de dates prévues de la tournée du groupe de rap, neuf sont déjà annulées : à Caen  le 7 octobre, Saint-Cyr-sur- Loire le 8, au  Le Mans  le 9, le 10 à Guipavas, à  Angers le 13, à La Carrière de Saint-Herblain le 15, à Saint-Étienne le 16, Marseille le 26, à Clermont-Ferrand le 27 octobre ...

Pour rappel:

En 2009, le chanteur Orelsan avait dû faire face à des déprogrammations, certes pas aussi nombreuses, à cause d'une chanson ("Sale pute") insultante pour les femmes: des programmateurs lui avaient conservé leur soutien demandant que la chanson litigieuse ne soit pas au programme de ses concerts (Observatoire de la censure, 27-28 mars, 7 avril 2009).

Dans le domaine du reggae, il existe une charte, visant initialement les chanteurs jamaïcains : ceux-ci sont invités à la signer, s'engageant ainsi à ne pas chanter de textes homophobes (concerts, disques, clips).  

Quant à l'humoriste et activiste politique Dieudonné, il avait gagné par deux fois contre les décisions préventives de municipalités en France et en Belgique. Le vendredi 26 février 2010, le  Conseil d'État  confirmait le droit de Dieudonné à se produire à Orvault (Loire-Atlantique), malgré les tentatives de la mairie de cette commune de la banlieue nantaise de faire annuler le spectacle. La municipalité avait notamment avancé que le spectacle risquait de donner lieu à des troubles, voire d'enfreindre la législation par son contenu. Le Conseil d'État avait toutefois considéré que ces allégations n'étaient "étayées par aucun élément" et ne justifiaient pas une entrave à la liberté "fondamentale" qu'est la liberté d'expression. La commune avait été condamnée à verser 1.500 euros à Dieudonné et à l'organisateur du spectacle. Cette décision du Conseil d’État français est à rapprocher de celle du Conseil d'État belge, rendue le lundi 23 mars 2009. La plus haute autorité administative belge avait cassé la décision du maire de Saint-Josse qui voulait interdire le spectacle de Dieudonné dans sa commune, la plus pauvre de Belgique. Le Conseil d'État avait estimé que “le collège des bourgmestres et échevins n'a pas reçu pour mission de veiller préventivement à la correction politique ou morale, voire pénale, des spectacles et moins encore à celle, supposée, des artistes qui en donnent la représentation". Il avait estimé que l'importance de la communauté étrangère de Saint-Josse - quelque 153 nationalités -, que le maire avait invoquée dans sa décision, ne justifiait pas l'interdiction du spectacle. Le Conseil avait aussi rappelé que des propos qui tomberaient sous le coup de la loi anti-racisme pouvaient donner lieu à des poursuites répressives, non à une mesure préventive de police. (Observatoire de la censure, 26 février 2010). Exemple d'une jurisprudence qui se dessine? Dimanche 24 octobre 2009, le tribunal administratif de Grenoble avait suspendu un arrêté préfectoral interdisant le spectacle de Dieudonné pour risque de “troubles à l'ordre public” et l'autorisait  à se produire ce même jour en soirée à Grenoble; trois jours plus tard, le 27 octobre 2009, Dieudonné était condamné à 10.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris pour des propos sur la scène du Zénith lors de la remise du "prix de l'infréquentabilité" à l'historien révisionniste Robert Faurisson par une personne déguisée en déporté juif.  Le tribunal a considéré que “les propos tenus par Dieudonné (...) ridiculisant les personnes juives (...) étaient outrageants et méprisants pour les personnes d’origine juive.”

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