8 juin 2010: Autodafé de 3.000 livres, Zarafa en feu après la parade des footballeurs de l'OM (Marseille)

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  Le Ravi n° 75, juin 2010

Ben8  / Le Ravi, n°75, juin 2010

 

Que s'est-il passé exactement dimanche 16 mai, vers 18h30, en haut de la Canebière, place Léon Blum, à Marseille?  Dans quelles circonstances précises, Zarafa, la girafe de six mètres de haut réalisée avec 3.000 livres par le sculpteur Jean-Michel Rubio, a-t-elle pris feu et brûlé?
Cet incendie qui "fleure l'autodafé", comme l'écrit Agnès Freshel (Zibeline, 20 mai 2010) a créé un malaise dans la ville qui doit être l'une des capitales européennes de la culture en 2013.
60.000 à 80.000 personnes s'étaient déplacées en début d'après-midi, pour fêter l'équipe de l'Olympique de Marseille, victorieuse de la coupe de la Ligue et championne de France de football en 2010. Après le départ des footballeurs, la foule immense et tranquille de supporters avait peu à peu quitté le Vieux-Port, mais des incidents avaient éclaté (incendie de poubelles, bris de vitrines...) entraînant l'intervention des CRS.   
Ben8, dans son reportage dessiné pour le mensuel régional Le Ravi (n°75, juin 2010), s'interroge : "Qui a tué Zarafa? la police ou les casseurs?". Métro  (19 mai) évoque "un incendie vraisemblablement causé par un fumigène qui aurait atterri sur son dos".  Henri Bertrando, président de l'association Art book collectif, n'a pas de doute: "J'ai bien vu les petits jeunes qui ont fait ça. Ils étaient de toutes  origines. Leur seule couleur distinctive était le maillot de l'OM" confie-t-il  à La Provence (18 mai).
"Ce qui devait être la victoire de tout un peuple est devenu la honte de tout un peuple (...). Car avec cette girafe, c’est tout un symbole qui a été détruit ; celui d’une culture souillée, méprisée, tuée. Des milliers de mots partis en fumée, une culture envolée, comme pour illustrer le niveau d’intelligence des délinquants à l’origine de cet acte de vandalisme" écrit sur son blog Le Marseillais 45. De son côté, Gérard Ponthieu (C pour dire) rappelle que l'incendie de la girafe de livres, c'est aussi celui d'"une partie de l’histoire de la cité phocéenne":  la sculpture de Rubio avait été nommée Zarafa en souvenir de Zarafa, la  «Première girafe de France» offerte  à  Charles X par le pacha d’Égypte et débarquée  à  Marseille en 1826, avant d'être conduite par le naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire au Jardin des Plantes.
Dès le lendemain, sur la carcasse carbonisée de Zarafa, un écriteau annonçait la construction d'une nouvelle girafe et invitait les passants à déposer des livres directement à la mairie du 1er et du 7e arrondissement, ou au centre d’animation jeunes, au 6/8 rue Sénac de Meilhan dans le 1er.
La girafe devrait renaître de ses cendres accompagnée d'un girafon qui servirait de borne échange. Avant le deuxième festival du livre de la Canebière  prévu du 11 au 13 juin? Ce  serait vraiment la fête.
Jean-Michel Rubio  link
Art book collectif  link

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