9 juin 2010: Le procès d'une truie interdit au tribunal de Cherbourg

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Durif - L'animal, un homme comme les autres

 

"Les porcs et les truies, au Moyen-âge, couraient en liberté dans les rues des villages, et  il arrivait souvent qu’ils dévorassent des enfants". En 1386, le juge de Falaise (Normandie) condamna une truie à être mutilée à la jambe et à la tête puis pendue pour avoir déchiré un enfant au visage et au bras et l'avoir tué. Cette truie fut exécutée sur la place de la ville, en habit d’homme. L'anecdote rapportée par Émile Agnel  dans son ouvrage consacré aux procès faits jadis aux animaux (Curiosités judiciaires et historiques du Moyen-Âge,1858) est à l'origine de la pièce de théâtre écrite par Eugène Durif : "L'animal : un homme comme les autres?".
Le spectacle  d'une durée de 30 minutes, "déconseillé aux enfants et aux personnes sensibles",  mis en scène par Karelle Prugnaud de la compagnie L'Envers du décor, avait été annoncé depuis septembre 2009 par Le Trident, Scène nationale de Cherbourg Octeville, qui l'avait programmé dans le cadre de son festival, "Toi cour, moi jardin".  Deux représentations  étaient prévues, le mercredi 2 juin  à 19h45 et 20h45, dans  la salle d'audience du tribunal d'instance de Cherbourg. Comme le rapporte La Presse de la Manche (3 juin 2010), elles n'ont pas pu avoir lieu. Le premier président de la cour d'appel de Caen, habilité pour autoriser des manifestations culturelles ou le tournage d'un film dans un bâtiment judiciaire,  s'y est  opposé  au dernier moment: dans un  courriel envoyé  le jour du spectacle, il  interdisait les représentations, prétextant que  la salle d’Audience du Tribunal n’avait pas à être ouverte hors les horaires habituels. Pourtant, l'équipe théâtrale répétait depuis trois jours dans la salle d'audience; la scène, la vidéo, les dispositifs pour le son et la lumière étaient installés, suite à une autorisation accordée depuis plusieurs mois par le président du tribunal d'instance de Cherbourg.
Selon le témoignage de Xavier Berlioz, comédien dans le spectacle (Facebook, 4 juin 2010) il semblerait que les magistrats aient subitement décidé de faire machine arrière, en découvrant, outrés, que les artistes souhaitaient "accueillir le public en robe de magistrat avec des porcelets en laisse" !
En espérant que le spectacle pourra  rapidement être présenté ailleurs, dans l'attente de l'édition du texte de Durif, on aura une pensée pour deux grands amis du cochon: Raymond Cousse, auteur de Stratégie  pour deux jambons et Olivier Perrier  qui, avec Les Fédérés,  invitait régulièrement sur scène Bibi la truie.

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