12 mars 2011: Cyber-censure, la France mise sous surveillance par Reporters sans frontières

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RSF - carte mondiale cyber-censure

 

Lors de la 4ème Journée mondiale contre la cyber-censure, Reporters sans Frontières a rendu public son rapport annuel sur la situation de la liberté d'expression sur internet dans le monde (12 -03- 2011).
Tandis que dix pays (Arabie Saoudite, Birmanie, Chine, Corée du Nord, Cuba, Iran, Ouzbekistan, Syrie, Turkmenistan, Viêt-nam) sont pointés en noir comme les "ennemis" incontestés d'un internet libre et accessible à tous, la France rétrograde: elle entre pour la première fois dans une liste rouge de 15 pays  - comme l'Australie, la Russie, la Thaïlande, la Libye, la Turquie, le Vénézuela... - "mis sous surveillance".
Pour justifier sa décision, RSF rappelle une suite de faits préoccupants survenus en France, en 2010-2011.
Concernant la protection des sources, RSF note que des  journalistes enquêtant sur l’affaire Woerth/Bettencourt ont été cambriolés, que leurs ordinateurs  ou  leurs disques durs contenant notamment des informations sur l’héritière de L’Oréal ont été volés; l'ONG mentionne la déclaration du ministre de la Santé, Xavier Bertrand, qualifiant les méthodes du site Mediapart de “fascistes".
Dans l'affaire WikiLeaks, RSF n'oublie pas que le gouvernement français a dénoncé une “atteinte à la souveraineté des Etats”, qu'Éric Besson avait demandé que le site - dont les informations étaient reprises et publiées par le quotidien Le Monde - ne soit plus hébergé en France. Le ministre avait notamment déclaré: “La France ne peut héberger des sites Internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique; (...) On ne peut héberger des sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d’autres Etats en raison d’atteintes qu’ils portent à leurs droits fondamentaux”.  
Concernant Hadopi, RSF réaffirme que "l’accès à Internet est un droit fondamental et estime que le recours à la suspension de la connexion constitue une violation de la liberté d’accès à l’information." L'organisation pointe certaines dispositions inquiétantes (l’internaute  sera présumé coupable et devra prouver son innocence, inversant la charge de la preuve, il n’aura pas de recours possible contre les sanctions ...)  et dénonce l'amendement voté qui rend désormais possible le financement d’entreprises privées pour des actions de surveillance et de filtrage.
Concernant  Loppsi 2, elle pointe particulièrement trois décisions: l’article 4 qui, sous couvert de lutte contre la pédopornographie,  institutionnalise un filtrage administratif du Web, sans décision de justice, et risque d'être étendu à d’autres domaines; l’article 2 punissant le délit “d’usurpation d’identité”  qui risque de criminaliser l’utilisation de pseudonymes sur Internet ou la création de profils satiriques de personnes connues; l’article 23 qui, en autorisant les enquêteurs à placer des mouchards sur les ordinateurs suspectés, permet l’organisation de cyber-perquisitions.
Inquiète pour le maintien du principe de neutralité du Net, menacé d'abandon,  RSF observe que "le gouvernement français semble privilégier une approche avant tout sécuritaire et liée à la protection des droits d’auteur, et au détriment de la liberté d’expression et de l’accès à l’information."
Si la France recule et entre dans le rouge, la Tunisie sort du noir: le prix du Net-citoyen a été décerné à Nawaat, le site tunisien symbole de la résistance au régime de Ben Ali.  Voir ici  link et là  link.

 

Stop à la cyber-censure

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