27 mars 2010: Le commandant Matelly radié des cadres de la gendarmerie pour avoir écrit, publié, parlé

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Jean-Hugues Matelly,  chef d’escadron de gendarmerie et chercheur associé au CNRS, était passé en 2009 devant le conseil disciplinaire de la gendarmerie, pour "manquement grave à l'obligation de réserve". Le 14 octobre 2009, la Direction générale de la Gendarmerie nationale avait proposé comme sanction disciplinaire sa “radiation des cadres”. Cette mesure rarissime a été confirmée le 12 mars 2010  par une décision du président de la République.
"Il n'y a pas de précédent pour un manquement à l'obligation de réserve" qui était reprochée à M. Matelly, "y compris pour des gendarmes ayant fait l'objet de mesures pénales comme dans l'affaire des paillotes (brûlées en Corse en 1999)"  a  indiqué le 25 mars à l’AFP son avocat.
Le 30 décembre 2008, Jean-Hughes Matelly avait signé avec Christian  Mouhanna et Laurent Mucchielli,  un article paru sur Rue89, intitulé ”La gendarmerie enterrée, à tort, dans l’indifférence générale”. Dans cet article, les trois chercheurs analysaient le passage de la gendarmerie sous la tutelle du ministère de l’Intérieur et voyaient dans cette décision une “régression historique”,  mettant fin à ce modèle de ”police de proximité”, en lien  avec la population, développé avant l’heure par la gendarmerie. J.-H. Matelly avait aussi exprimé cette opinion sur les ondes de la radio nationale Europe 1.
Précédemment, le commandant Jean-Hughes Matelly  avait eu un blâme de sa hiérarchie suite à la parution de «Police, des chiffres et des doutes» (Michalon, 2007) écrit avec Christian Mouhanna. Dans ce livre, les deux chercheurs analysaient et critiquaient les chiffres de la délinquance élaborés par le ministère de l’Intérieur.
J-H Matelly a déposé, le 26 mars, un référé-liberté devant le Conseil d’État. Il a déclaré à Métro: “Je m'exprimais en tant que chercheur du laboratoire du CNRS. D’autre part, ce devoir de réserve ne signifie pas le silence absolu. On voit que dans d’autres conceptions des armées, dans les pays démocratiques comme chez les Anglo-saxons par exemple, les Généraux n’hésitent pas à prendre des positions très officielles, qui ne sont pas dans la ligne du gouvernement et c’est parfaitement toléré. Dans des pays comme l’Allemagne, la liberté d’expression militaire est largement possible parce qu’elle est prévue par la loi. Quelque part, la France est très très en retard en terme d’expression des militaires, alors que c’est elle-même qui a inventé la notion du "soldat citoyen"
Une autre affaire, liée au “devoir de réserve”, celle de Philippe Pichon, policier mis à la retraite d'office, suite à la publication coup sur sur coup de son livre «Journal d'un flic» et d’une étude universitaire critique, peut donner matière à un relatif optimisme : la justice administrative avait donné raison en 2009 au policier.

Lire "La gendarmerie enterrée à tort..." (LDH Toulon) :  link
Sur le "devoir de réserve" (LDH Toulon) : link
Site du CESDIP : link

Police - Journal d'un flic
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